Ce qui se joue actuellement, dans quasiment tous les pays de la planète, est l’avenir de l’humanité. Plus qu’une question de survie, il s’agit d’une Révolution qui n’épargnera personne. Déjà, les certitudes d’avant sont ébranlées. En parallèle, il y a les défenseurs de l’ordre établi qui se manifestent sous différentes formes. En sortant leurs griffes et en mettant en avant leurs « pions », les gardiens des temples défendent bec et ongles les acquis d’avant. L’histoire, souvent rocambolesque autour de la molécule du Chloroquine est est une excellente illustration. La vague soulevée, depuis mardi, par le Professeur Didier Raoult donne une idée sur la bataille qui se joue autour du coronavirus, et l’effet papillon que cela engendrera. Généalogie d’une nouvelle polémique.

Dans la vidéo publiée ce jour là, le directeur de l’Institut Hospitalo-Universitaire (IHU) Méditerranée infection à Marseille (France) a encore défié ses nombreux détracteurs. Il est revenu à la charge sur les « bienfaits » de l’hydroxichloroquine (dérivé du chloroquine) pour guérir de la pandémie, en lançant une « information » de taille. L’atypique scientifique affirme que le coronavirus pourrait être une maladie saisonnière. Les réactions ne se sont pas faits attendre. Quasiment tous les médias traditionnels, que cela soit en France ou dans d’autres pays occidentaux, ont repris cette « trouvaille », et souvent (ce qui est devenu une habitude quand ça concerne Didier Raoult) avec dédain. Le marseillais s’est habitué à ces attaques depuis plusieurs semaines déjà, depuis qu’il a préconisé, pour combattre le coronavirus, la chloroquine « efficace, pas chère et disponible ». Trois critères inexistants dans le monde des laboratoires pharmaceutiques.

Capture écran de la vidéo diffusée par le Pr Raoult mardi dernier (à voir en cliquant ICI)
L’article de CNN (publiait dans la soirée de mardi à mercredi,reprenant les résultats de l’étude américaine

Les réactions hostiles ont été doublement renforcées par la divulgation, quelques heures après la diffusion de la vidéo du Pr Raoult, d’une récente étude américaine indiquant que l’administration de l’hydroxychloroquine sur des malades de coronavirus ne montrait pas de signes d’efficacité.

Publié quelques heures après la sortie du Professeur, ce rapport a été très relayé, essentiellement par les médias mainstream. Ces derniers omettaient, ou semblaient ne pas donner de l’importance, aux nombreuses «anomalies» de l’étude américaine. Deux d’entre elles étaient flagrantes. Les dossiers médicaux des patients hommes analysés concernaient ceux ayant plus de 65 ans, et ceux qui ont été traités par l’hydroxychloroquine étaient à la base,les patients les plus atteints et les plus à risque (fumeurs, diabétiques, ou antécédents cardiovasculaires et pulmonaires). D’ailleurs le Pr Raoult n’a pas tardé à réagir à cette étude. Mercredi matin, à 10h15 (GMT+1), il publiait sur son compte twitter un petit texte dans lequel il qualifiait le travail des américains de « fake news » et d’ « étude frauduleuse » (voir le tweet en dessous).


Le marseillais revient à la charge dans la soirée même (à 20h37, GMT+1). Toujours sur twitter, il répondait à l’étude américaine dans une lettre qu’il a signée avec deux autres médecins et dans laquelle ils « démontaient » les « arguments » des américains. L’étude « est plus proche de la fraude scientifique que d’une analyse raisonnable » affirment les trois français. La conclusion de la lettre donne une idée sur l’ «estime» du trio envers leurs homologues : « c’est un travail qui montre que, dans cette période, et pour essayer de démontrer que l’on a raison, il est possible de proposer des choses qui ne résistent à aucune analyse méthodologique ».

La réaction du Professeur est d’autant forte qu’il a maintenant des données en main. Dans la vidéo de mardi, et sur son compte twitter, il a publié plusieurs tableaux montrant l’effet du traitement (réalisé durant presque trois mois, du 21 janvier au 20 avril) qu’il préconise sur les patients, à Marseille (voir en dessous).

Ne cachant pas sa satisfaction, le spécialiste des maladies infectieuses tropicales émergentes, précise que ces schémas montrent « une diminution constante du nombre de cas à diagnostiquer, et aussi du nombre de cas hospitalisés en réanimation« . Il ajoute que cette « vague descendante » ne concernait pas uniquement Marseille, « on a les mêmes résultats dans la région PACA (dont Marseille est le chef lieu, ndlr), en France, dans la plupart des pays d’Europe, et en Amérique du Nord« .

« Che » Raoult!

L’occasion pour lui, après celle de la saisonnalité du coronavirus, de donner une autre lecture en plus de résultats obtenus, et celle-ci est bien politisée. Il critiquera, sans ambages, les réticences de ceux qui refusent d’appliquer son traitement. « Tous les pays riches et développés ont eu des succès moins importants que les pays pauvres qui ont choisi de traiter ça (le coronavirus, ndlr) comme une pneumonie avec des médicaments banals, qui ne coûtent rien, et qui du coup ont une mortalité beaucoup plus faible » affirme Didier Raoult. Il précise, pour appuyer ses dires,que tous les 15 premiers pays à forte mortalité, pour cause de coronavirus, sont ceux considérés comme riches.


Nombre de personnes infectées par le coronavirus (COVID-19) dans le monde au 22 avril 2020, selon le pays (source « Statista », portail mondial de statistiques et de données de marché).

« Il y a une déconnexion entre la richesse et la capacité à répondre à des situations de cet ordre là » tient-il à préciser et il va encore plus loin, en lâchant: « Il est possible que d’ici un mois, il n’y ait plus de cas du tout dans la plupart des pays tempérés ». Pour « oser » ce genre de sorties, il ne s’appuie pas uniquement sur ses recherches. Son parcours personnel est également une de ces particularités. Il explique ses « connaissances » extra-hexagonales par le fait qu’il est « en partie africain« , une manière de rappeler qu’il est né à Dakar (Sénégal), et qu’il a toujours eu des liens avec ce continent Il va encore plus loin. Cette distinction entre les pays selon leurs « moyens » permet au professeur de déclarer que le monde actuel est en train de vivre « un vrai changement social » que certains choisissent d’ ignorer, ou de subir. Pour lui, la métamorphose touche entre autres le monde de l’information. Il commencera par généraliser ses critiques, en soulignant que « les médias traditionnels peuvent éventuellement qualifier de fake news les informations qui n’émanent pas d’eux ». Une « pic » qui ne va pas arranger ses relations avec ses adversaires. Ne voulant pas s’arrêter en si bon chemin, il s’attaqua, juste après, aux « temples » de ses collègues. « c’est vrai aussi au niveau de la production scientifique parce qu’il y a des blogs scientifiques qui ont une valeur considérable » indique le Professeur, remettant ainsi en cause les procédures habituelles des chercheurs (remontant à plusieurs décennies) pour diffuser leurs travaux.

Le Pr Raoult a abordé lors de son intervention visuelle de mardi passé le sujet des pré-print (ou nommés également « pré-publications« ), soit le cas où des chercheurs publient leur étude sans devoir attendre un « laissez-passer » de scientifiques « reconnus« . Selon lui, cette méthode est devenue même une exigence devant l’urgence. « De plus en plus, on met nos publications avant publication, en particulier dans les situations de crise pour faire partager les données que nous avons et qui ont besoin d’être analysées. On ne peut pas perdre trois mois avant de voir vos résultats publiés » martèle-t-il. Il ajoutera, ce qui sonne comme une sentence, que « les mécanismes de diffusion de l’information ne sont plus en adéquation avec les moyens actuels« . Sa diatribe contre les protocoles instaurés, et défendus par ce qu’il a appelé « les conservateurs« , ne s’arrêtera pas là. Pour étayer ses propos, il a pris un exemple concret, son travail, ce qui ne va que conforter l’image de narcissique, qui lui colle à la peau. « Le 1er papier mis en pré-print a été vu plus de 600 000 fois, et ça correspond globalement au nombre de vues et de téléchargements d’un journal habituel sur un an ». Il n’hésitera pas à nommer les médias auxquels il faisait allusion, « Nature » et « Science », deux des plus grandes revues scientifiques dans le monde. Il préconise déjà une mutation prochaine, annonciatrice d’un nouveau monde médiatique. « Les blogs ou le pré-print auront une signification comparable à celle des publications actuelles dans l’édition scientifique » prédit-il pour ce qu’il a décrit comme »un changement de modèle absolument considérable qui permet l’accès (à l’information) pour tous« . Raoult, un illuminé! trop facile comme raccourci. Lui même affirme qu’il n’est pas le seul dans le monde à être dans cette démarche. « En France, je suis l’image de ce changement, mais il y a les mêmes déchaînements aux Etats-Unis, au Brésil » souligne-il. Une manière d’annoncer une déferlante mondiale? Trop tôt pour l’affirmer. Toutefois les faits sont là. La crise sanitaire déclenchée par le coronavirus annonce des changements irrémédiables. Les spéculations apporteront bien moins de bons résultats qu’une préparation au post-Covid-19, que les pays « éveillés » devront prendre. Les laboratoires pharmaceutiques, eux, l’ont bien compris et c’est sur ce terrain miné que le marseillais « joue » depuis plusieurs semaines.

Peut-être que le professeur Didier Raoult n’est pas un sauveur, peut-être que le remède qu’il préconise depuis plusieurs semaines n’est pas le bon, mais il faut lui reconnaître, au moins, ses efforts pour trouver une solution. Il reste néanmoins encore des zones d’ombre entourant ses travaux et ses positions. Le temps dévoilera, tôt ou tard, les dessous.

#C19(15) : Démystification