En une seule journée, quatre ex-ministres sont montés, chacun à sa manière, sont montés au créneau. Deux d’entre eux ont choisi de publier une contribution dans la presse, un troisième a donné un entretien, et le dernier a fait « annonce diplomatique ». 

La première est Leila Aslaoui, ancienne ministre de la jeunesse et des sports, (1991-1992),  et ministre de la solidarité entre avril 1994 et septembre de la même année. Dans une contribution publiée hier, jeudi 16 avril 2020, sur les colonnes de « Le soir d’Algérie », intitulé « Confinés plutôt que covidés », elle fustige les personnes qui ne respectent les consignes édictées pour contrer la propagation du coronavirus.

La contribution de Leila Aslaoui (Le soir d’Algérie)

Leila Aslaoui est très critique envers cette catégorie de personnes dont le nombre est loin d’être insignifiant. Même les conditions sociales ne sont pas pour elle une raison pour ne pas respecter « les règles du couvre-feu ». Vivre au milieu d’une famille nombreuse dans un F2 ou F3 ne peut pas être, pour elle, une excuse valable. « Mieux vaut être confinés à 10 dans un espace réduit qu’être covidés à dix et enterrés dans une fosse commune sans que ni proches ni voisins soient présents » écrit-elle. Se rappelant sans doute son passé de magistrate, Leila Aslaoui  n’hésite pas à prononcer un verdict » envers les « contaminateurs inconscients ou stupides ». « Coupables » ils sont écrit-elle, en ajoutant « dont la conscience (s’ils ne meurent pas) devra supporter le poids des morts dus à leur fatuité de croire que cela n’arrivent qu’aux autres». A ne pas en douter, elle ne prend pas le coronavirus à la légère.

Le second « ex » de la liste de ce jeudi était dans la même équipe gouvernementale de Leila Aslaoui, entre 1991 et 1992, Ali Benouari. Cet ancien ministre délégué au trésor, dans la même édition du même quotidien, a publié une longue contribution, intitulé : « Crise économique : rompe impérativement ave les méthodes de gestion du passé ».  Dès le début de son texte, l’ex-candidat à la candidature de l’élection présidentielle de 2014 se veut visionneur avec un constat des plus élémentaires : «Derrière la crise sanitaire du coronavirus qui sévit se profile une grave crise économique et financière ». Trop facile. C’est plutôt enfoncer une porte ouverte.


La contribution de Ali Benouari du jeudi 16 avril 2020 (sur « Le soir d’Algérie »)

Tout au long de sa contribution, Ali Benouari étale sa vision libérale de l’économie par plusieurs propositions, en évoquant la dévaluation du dinar, la révision du système des subventions, et un appel à la réduction des budgets de plusieurs ministères (il citera celui des Moudjahidines, de l’Intérieur et de la Défense). Sur sa lancée, l’ex-ministre n’a pas oublié de trouver des bienfaits de l’endettement extérieur…

Et si le gouvernement daignait prendre en compte ces « choix rationnels », qui coûteront des « sacrifices » à la population, affirme Ali Benouari, avec assurance, que « le peuple adhérera certainement, même s’ils sont douloureux ». A se demander de quel peuple il s’agit. Cette certitude est d’autant surprenante qu’elle émane d’une personne qui est installé, depuis les années 80, en Suisse. Un pays dont il a la nationalité et dans lequel il s’était même porté candidat aux élections fédérales de 2007.

Le 3e ex de la journée d’hier, Nordine Aït-Laoussine, est également installé, depuis plusieurs années, dans la capitale de l’Etat helvétique. Toutefois, ce docteur en géologie pétrolière de l’université de Michigan (Etats-Unis) n’a pas osé exprimer une quelconque certitude sur les algériens. Ancien ministre de l’énergie (membre également du gouvernement de 1991-1992, dirigé par Sid Ahmed-Ghozali qu’il connaissait bien avant puisqu’il était son adjoint lorsque l’homme au papillon était, dans les années 70, PDG de Sonatrach), Nordine Aït-Laoussine a octroyé une interview au quotidien El-Watan. L’occasion pour lui de « démystifier » l’OPEP dont le poids d’avant n’est plus d’actualité. La dernière crise du marché pétrolier est venue le confirmer.

L’entretien de Nordine Aït Laoussine publié sur El-Watan

Dans son entretien, Nordine Aït-Laoussine affirme que l’OPEP ne peut plus jouer son rôle de « régulateur présumé du marché » pétrolier sans l’intervention des producteurs d’une autre organisation, l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques). Un état des lieux dont l’Algérie n’en sort pas gagnante. Les dernières décisions de l’OPEP obligent ainsi le pays a faire d’autres sacrifices. En réduisant 20% de ses exportations, l’Algérie, précise l’ex-ministre de l’énergie, se retrouve « à éponger un excédent de stock global »dont elle n’en est nullement responsable. Faut-il rester les bras croisés et se contenter de subir sans quasiment aucun pouvoir sur le marché? Une question à laquelle Nordine Aït-Laoussine a donné une réponse, il y a six ans de cela, et il l’a rappelé dans son entretien: « Lors de la crise de 2014, j’avais déjà évoqué l’idée d’une «sortie» de l’OPEP suite au comportement erratique de l’Arabie Saoudite« . C’est loin d’être farfelue, surtout qu’elle émane d’un expert reconnu sur le plan local et international.

L’OPEP n’est pas la seule organisation dont l’existence même est remise en cause. Les Nations-Unies est également dans le collimateur de ses nombreux détracteurs. Et ce jeudi, une personnalité est venue l’ébranler et ce n’est autre que Ramtane Lamamra. Il s’agit d’ailleurs du dernier de la liste des « ex » d’hier. L’ex-ministre des affaires étrangères (2013-2017), et l’éphémère vice-Premier ministre (19 jours, du 13 aux 31 mars 2019), ne sera finalement pas le 7e représentant des nations-Unis en Libye. En annonçant ce jeudi qu’il n’acceptait plus sa position en « stand-by », Ramtane Lamamra oppose un niet diplomatique à la proposition du SG de l’ONU, Antonio Gutiérrez, de remplacer le libanais Ghassan Salamé, démissionnaire depuis le 2 mars dernier. Une position qui vient ternir l’image de l’organisation internationale dont l’impact devient de moins en moins concret.

Ramtane Lamamra

Ramtane Lamamra a ainsi dévoilé que le patron des Nations Unies lui avait proposé, le 7 mars dernier, le poste et que depuis il n y a rien eu de concret parce que, finalement, le blocage était ailleurs. le diplomate algérien indique qu’il n’y avait pas d’unanimité sur son nom au sein du Conseil de sécurité de l’ONU. Une situation à laquelle il a « résisté » durant un mois et 9 jours avant de jeter ainsi l’éponge, au grand dam de
Antonio Gutiérrez. Ainsi, l’ONU qui n’avait pas pu empêcher l’OTAN d’attaquer, en 2011, la Libye, et 9 ans après, ne trouve pas de solution pour régler un conflit fratricide. La décrépitude de l’institution est bien là.

Avec les innombrables cassures suscitées par le coronavirus, les organisations internationales, tel que l’OPEP, de l’ONU, de l’OMS, et bien d’autres, n’ont plus d’avenir dans le monde dont les contours commencent déjà à se dessiner. 2020 annonce une nouvelle ère dont les vestiges de la guerre froide n’ont qu’à disparaître. Les 4 « ex » cités plus haut, qu’ils le veuillent ou non, font déjà partie du passé. Le futur commence par ceux qui le préparent dès à présent.

#C19(12): Modélisation du « Diamond Princess »