En ce temps troublés, la fameuse citation, attribuée à l’écrivain français André Malraux (1901-1976), « Le 21e sera spirituel ou ne sera pas » semble renaître de ses cendres. De plusieurs régions du monde des voix montent au créneau pour remettre en cause la mondialisation, accusée de tous les maux, et en même temps, appellent à « réfléchir au sens de la vie de chacun ». Le coronavirus vient surtout ébranler plusieurs « certitudes » et peut-être annoncer des changements irrémédiables qui n’épargneront aucun Etat, aucune personne. Ces voix ne viennent pas uniquement de l’étranger, ni de quelques illuminés. Un professeur algérien, anthropologue et essayiste, est allé dans le même sens.

Dans une contribution « La fin d’un monde » publiée hier, jeudi, sur les colonnes d’El Watan, Mustapha Chérif (c’est de lui q’il s’agit) est affirmatif: « Il est impossible de vivre comme avant ». Son analyse de la situation actuelle du monde lui fait lancer un appel pour changer de mode de vie,  plutôt de se préparer à changer de mode de vie. « Le capitalisme sauvage, le collectivisme matérialiste et l’intégrisme religieux sont disqualifiés » précise-t-il.

La chute de son texte, « La fin d’un monde n’est pas la fin du monde », en même temps que son titre, sont sans aucun doute une référence au penseur musulman français René Guenon (1886 – 1951) sur lequel Mustapha Chérif avait, il y a quelques années, publié plusieurs contributions dans la presse. Un « concept » loin d’être banal pour celui qui est considéré comme le plus grand métaphysicien du 20e siècle. Effectivement, René Guenon avait écrit sur « La fin d’un monde » dans au moins deux de ses livres « La crise du monde moderne » (cité à quatre reprises, ouvrage publié en 1927)  et « Le règne de la quantité et les signes des temps » (publié en 1945).

Page 19 de "La crise du monde moderne"
Page 19 de « La crise du monde moderne »

Dans ce dernier ouvrage l’érudit français lui a même consacré tout un chapitre (le 39e et dernier). D’ailleurs, et en allant dans le même sens que Mustapha Chérif, son texte aurait pu se terminer également par le « message » de René Guenon, en précisant que la fin de ce monde ne fera peur qu’à ceux « qui ne sont pas suffisamment détachés de l’existence terrestre».

Page 21 de "La crise du monde moderne"
Page 21 de « La crise du monde moderne »
Page 166 de "La crise du monde moderne"
Page 166 de « La crise du monde moderne »
Le livre de René Guenon « Le règne de la quantité et les signes des temps »
Le chapitre intitulé « La fin d’un monde » dans « Le règne de la quantité et les signes des temps »

Le coronavirus fait réveiller également une autre « fin ». Pas celle d’ « un monde », mais plutôt « des temps ». Ici, il s’agit du titre d’un livre publié il y a 12 ans, en 2008 dont l’auteur est une américaine, décédée en 2013, une certaine Sylvia Browne.  Cet ouvrage, « La fin des temps » (« End of Day« , titre de la version originale), qui est passé quasiment inaperçu, fait actuellement le bonheur de ses éditeurs. Il est depuis quelques semaines dans le top 10 des livres les plus vendus aux Etats-Unis et au Royaume-Uni. Une renaissance qu’il doit à un seul extrait, celui-ci :

Le fameux extrait du livre de Sylvia Browne

« Vers 2020, une maladie grave de type pneumonie se répandra dans le monde entier, attaquant les poumons et les bronches et résistant à tous les traitements connus. Presque plus déconcertant que la maladie elle-même sera le fait qu’elle disparaîtra soudainement dès son arrivée, attaquera à nouveau dix ans plus tard puis disparaîtra complètement« .  Comment ne pas penser au coronavirus ! Réel don de voyance ou pur hasard ? La question, loin de la spiritualité, se pose de par le profil de Sylvia Browne. L’américaine était en effet une célèbre voyante qui s’était fait connaitre plus par ses ratages (l’un des plus connu est celui d’avoir prédit en 2012 que le président américain,Barack Obama, n’allait pas être réélu) que par ses succès. Finalement, elle aura réussi son « coup », sept ans après sa disparition.

(*); « The END », titre d’une chanson du groupe américain « The Doors ». Elle fait partie de la bande son du film de Francis Ford Coppola « Apocalypse Now » (1979).