Au terme d’une mission d’une journée de consultation, mardi 4 octobre à Ouagadougou, la mission de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest est repartie «confiante» quant à la transition militaire en vigueur dans le pays et au respect des délais pour y mettre fin et l’organisation, en juillet 2024, des élections nécessaires au retour à l’ordre institutionnel. Washington appelle le nouvel homme fort au Burkina, le capitaine Ibrahim Traoré, à éviter tout rapprochement avec le groupe russe Wagner.

Par Lyes Sakhi
Mardi 4 octobre, les Etats-Unis ont mis en garde les militaires au pouvoir au Burkina Faso contre les risques d’une alliance avec la Russie et le groupe paramilitaire russe Wagner. «Les pays où le groupe (Wagner) a été déployé se retrouvent affaiblis et moins sûrs, et nous avons constaté cela dans plusieurs cas rien qu’en Afrique», a dit à la presse un porte-parole du département d’Etat américain, Vedant Patel. «Nous condamnons toute tentative d’empirer la situation actuelle au Burkina Faso, et nous encourageons fortement le nouveau gouvernement de transition à se conformer au calendrier convenu pour un retour à un gouvernement civil démocratiquement élu», a-t-il ajouté. Evguéni Prigogine, homme d’affaires proche du Kremlin et fondateur du groupe Wagner, a annoncé dans une publication sur les réseaux sociaux apporter son soutien au capitaine Ibrahim Traoré et à ses hommes, qui «ont fait ce qui était nécessaire (…) pour le bien de leur peuple». Mais, dans une déclaration précédente, le nouvel homme fort du Burkina, le capitaine Ibrahim Traoré, a déclaré que lui et les officiers qui ont déposé par la force leur ancien camarade d’arme et ex-président de la transition militaire dans le pays, le lieutenant-colonel Paul-Henri Damiba, étaient prêts à envisager des partenariats avec différents pays dont les Etats-Unis. Pour l’heure, le nouveau pouvoir militaire à Ouagadougou cherche à rassurer sur ses intentions et à garder le contact avec la Communauté des Etats d’Afrique de l’ouest (Cédéao) dont une délégation s’est rendue sur place en mission d’évaluation. Mardi 4 octobre, après une journée de contacts et de consultation, cette délégation est repartie « confiante» après avoir eu «l’occasion de deux rencontres importantes, une première avec les chefs traditionnels et religieux et la principale rencontre avec le capitaine Ibrahim Traoré».
L’ancien président nigérien Mahamadou Issoufou, membre de la délégation et médiateur de la Cédéao pour le Burkina, qui a jugé que le pays avait été pendant le week-end «au bord du gouffre», s’est déclaré «totalement satisfait de l’entretien» qu’il a eu avec le capitaine Traoré. «Nous repartons confiants», a-t-il souligné, en assurant que la Cédéao allait «continuer à accompagner le peuple burkinabè dans cette épreuve très difficile qu’il traverse». Les rencontres se sont tenues à l’aéroport de Ouagadougou où plusieurs dizaines de manifestants affichaient leur hostilité, brandissant des drapeaux russes en scandant des slogans anti-France et anti-Cédéao. «Non à l’ingérence de la Cédéao», «France dégage» ou encore «Vive la coopération Russie-Burkina», pouvait-on entendre de la part des manifestants. Des slogans qui relancent le débat sur la réalité de l’influence russe qu’on dit désormais importante dans le pays, par rapport à celle, en forte baisse, de la France, affirment des observateurs. Aux premières heures du putsch, des bâtiments diplomatiques et représentant des intérêts de la France avaient été pris pour cibles par des manifestants favorables au capitaine Traoré.

Le sécuritaire au cœur des enjeux
Dans la soirée du mardi, le capitaine Traoré s’est félicité dans un communiqué du «dialogue fructueux» avec la délégation ouest-africaine, et assuré que Ouagadougou continuerait à respecter ses engagements pris sous M.Damiba vis-à-vis de la Cédéao. Pour mémoire, les précédentes autorités s’étaient notamment engagées,en juillet 2022, sur l’organisation d’élections et un retour de civils au pouvoir au plus tard en juillet 2024.
Après avoir remercié «l’ensemble des manifestants pour leur mobilisation», M. Traoré les a invités mardi soir à «libérer les voies publiques» en les assurant que leurs «différents messages ont été entendus». Le nouvel homme fort au Burkina Faso, qui a destitué le lieutenant-colonel Damiba, désormais réfugié à Lomé au Togo, a en partie justifié son coup d’Etat en reprochant à son prédécesseur «la dégradation continue de la situation sécuritaire» dans un pays miné par la violence djihadiste et où les attaques sanglantes contre civils et militaires se sont multipliées ces derniers mois.
Depuis 2015, les attaques régulières de groupes armés affiliés à Al Qaïda et au groupe Etat islamique (EI) ont fait des milliers de morts et provoqué le déplacement de quelque deux millions de personnes. Une majorité du territoire échappe au contrôle de l’Etat, notamment du côté des frontières avec le Mali et le Niger.
Fin septembre, un convoi de ravitaillement à destination de Djibo, l’une des villes majeures du nord du pays sous blocus djihadiste depuis plusieursmois, avait été attaqué à Gaskindé. Un nouveau bilan publié mardi fait état de 27 soldats tués, contre 11 auparavant. Les obsèques auront lieu vendredi à Ouagadougou. Dans un communiqué authentifié par le centre américain SITE de surveillance,des mouvements djihadistes, le Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (GSIM, affilié à Al Qaïda) a revendiqué l’embuscade.
Djibo, qui n’a pas vu de convoi de ravitaillement routier arriver depuis une quarantaine de jours, selon le syndicat des transporteurs, a été ravitaillé par hélicoptère mardi dans la journée. 70 tonnes de nourriture y ont été acheminées, selon l’état-major burkinabè des armées. (Source AFP)