160 corps ont été inhumés hier dont une vingtaine d’enfants après l’attaque menée dans la nuit de vendredi à samedi par des djihadistes contre le village de Solhan dans le Nord-Est du Burkina et dans cette zone dite des «trois frontières» entre le Burkina, le Mali et le Niger.

Synthèse Anis Remane
C’est donc un bilan plus lourd que celui annoncé par les autorités burkinabés dans la soirée de samedi : le plus dramatique que le pays ait jamais connu depuis 2015, selon les observateurs. Les victimes ont été inhumées dans des fosses communes par les populations elles-mêmes «qui ont procédé à l’enlèvement et à l’enterrement des corps après les avoir rassemblés et transportés», indique une source locale cité par l’AFP. Selon le gouvernement, «les forces de défense et de sécurité sont à pied d’œuvre pour neutraliser ces terroristes». Mais l’absence des autorités aux funérailles confirme aux yeux des villageois, selon des témoignages recueillis sur place, leur incapacité à créer les conditions de sécurité nécessaire dans la région et à les protéger des incursions djihadistes. Un élu interrogé par l’AFP a affirmé hier que «la situation est encore volatile dans la zone malgré l’annonce d’opérations militaires» et que les populations continuent à fuir Solhan» pour les agglomérations proches de Sebba et Dori. «Beaucoup ont tout perdu après l’incendie de leurs biens et de leurs habitations», a-t-il dit. Les assaillants ont d’abord visé un poste de Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), des supplétifs civils de l’armée burkinabè, selon des sources locales. Ils s’en sont ensuite pris aux maisons de Solhan et ont exécuté des habitants.
Alger condamne «fermement»
Dans un entretien avec Rfi, Mahamadou Sawadogo, ancien gendarme et spécialiste des sujets de sécurité au Burkina Faso, explique que la stratégie des groupes djihadistes est de frapper en cette période, «parce que c’est la saison des pluies» et «parce qu’après, ils n’arriveront plus à se mouvoir». «On avait prévenu que l’utilisation des VDP allait exacerber la violence et aller orienter la violence vers les populations civiles (…) C’est l’une des conséquences. Et [le poste] des Volontaires pour la défense de la patrie est un des postes armés qui restait encore dans cette ville. Du coup, il suffisait tout simplement de déstructurer ce poste et la ville était à eux (…) C’est aussi un message pour empêcher les populations d’adhérer massivement à cette dynamique-là qui a porté ses fruits, c’est vrai, dans certaines régions, mais qui dans d’autres est en train d’exposer au maximum les populations civiles», ajoute-il. Samedi, 6 juin, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a condamné l’attaque et souligné «la nécessité urgente que la communauté internationale renforce son soutien à l’un de ses membres dans son combat contre la violence extrémiste et son bilan humain inacceptable». L’Union européenne (UE) a également condamné «ces attaques lâches et barbares», appelant «à tout mettre en oeuvre pour que leurs auteurs répondent de leurs actes». Dimanche, 7 juin, l’Algérie a «fermement» condamné dimanche l’attaque terroriste. «Devant cette épreuve tragique», sa diplomatie exprime dans un communiqué «sa pleine solidarité au Gouvernement et au peuple burkinabè frère, et réitère son engagement indéfectible à soutenir les efforts internationaux et régionaux visant à éradiquer le fléau du terrorisme, dont la propagation au sein de l’espace sahélo-saharien menace gravement la stabilité, la sécurité et le développement des pays de la région». n