Le procès des auteurs présumés de l’assassinat du président Burkinabé Thomas Sankara,
le 15 octobre 1987, s’est ouvert hier devant le tribunal de Ouagadougou. Attendu depuis
des années par les familles des victimes, douze autres personnes ont été tuées durant le putsch
qui a porté au pouvoir Blaise Compaoré. Ce procès se tient en l’absence de ce dernier. Principal accusé, il vit en exil en Côte d’Ivoire après son renversement par une insurrection populaire en 2014.

Synthèse de Kahina Terki
Selon Stanislas Benewendé Sankara (aucun lien familial avec Thomas Sankara, ndlr), avocat de la famille du leader « révolutionnaire » depuis 1997, « l’absence de Compaoré, qui détient aujourd’hui la nationalité ivoirienne, est un mépris pour la justice de son pays d’origine » et « dénote quelque part aussi sa culpabilité éventuelle ». Mais, juge-t-il, même si ce procès « n’est pas encore le bout du tunnel, nous amorçons un virage au plan judiciaire qui est très important ». Arrivé au pouvoir par un coup d’Etat en 1983, Thomas Sankara a été tué avec douze de ses compagnons par un commando lors d’une réunion au siège du Conseil national de la révolution (CNR) à Ouagadougou. Il avait 37 ans. Parmi les quatorze accusés figure aussi le général Gilbert Diendéré, 61 ans, un des principaux chefs de l’armée lors du putsch de 1987. Devenu ensuite chef d’état-major particulier du président Compaoré, le général Diendéré purge déjà au Burkina une peine de 20 ans de prison pour une tentative de coup d’Etat en 2015. MM. Compaoré et Diendéré sont tous deux accusés de « complicité d’assassinats », « recel de cadavres » et « d’attentat à la sûreté de l’Etat ». Bras droit de Sankara, Blaise Compaoré a toujours nié avoir commandité l’assassinat de son frère d’armes et ami intime, bien que le putsch de 1987 l’ait porté au pouvoir. Des soldats de l’ancienne garde présidentielle de Compaoré, notamment l’ancien adjudant-chef Hyacinthe Kafando, soupçonné d’avoir été le chef du commando et qui est actuellement en fuite, figurent également parmi les accusés.
La mort de Thomas Sankara, qui voulait « décoloniser les mentalités » et bouleverser l’ordre mondial en prenant la défense des pauvres et des opprimés, a été un sujet tabou pendant les 27 ans de pouvoir de M. Compaoré. L’affaire a été relancée en 2015 par le régime de transition démocratique et un mandat d’arrêt émis contre M. Compaoré par la justice burkinabè en mars 2016. Selon Halouna Traoré, ancien compagnon de Sankara et unique rescapé du coup d’Etat de 1987, le « procès nous amène (nous, Burkinabè, ndlr) à nous regarder dans le miroir, à voir le tort qu’on s’est fait nous-mêmes avec la complicité de l’extérieur, parce que le côté matériel du coup d’Etat s’est passé au Burkina, mais les commanditaires sont de l’extérieur ». S’il se réjouit de la tenue du procès, le réseau international « Justice pour Thomas Sankara, justice pour l’Afrique » note le risque qu’il soit « amputé du volet international du dossier » pouvant faire la lumière sur le rôle de la France, des Etats-Unis et de pays ouest-africains comme la Côte d’Ivoire de Félix Houphouët Boigny et du Togo de Gnassingbé Eyadema, alors ulcérés par les prises de position anti-impérialistes de ce jeune révolutionnaire adulé par la jeunesse africaine. n