Les dernières projections du Fonds monétaire international (FMI) sur l’Algérie, diffusées hier, font ressortir que le budget de l’Algérie ne peut s’équilibrer qu’avec un baril de pétrole à 169,6 dollars, alors que l’équilibre de la balance des paiements tient à un baril de pétrole à 87,7 dollars.

Par Hakim Ould Mohamed
Or, les cours actuels du brut sont loin d’être en faveur de l’Algérie qui, plutôt que d’accélérer les réformes économiques et budgétaires, semble continuer de parier sur une improbable remontée des prix du pétrole pour pouvoir s’extirper de la crise financière dans laquelle elle s’est embourbée depuis le choc pétrolier de 2014, suivi d’une rechute drastique des cours en 2020 ; le Brent -pétrole de référence pour le Sahara Brent algérien – ayant chuté à moins de 17 dollars le baril en avril 2020.
Les dernières prévisions du FMI sur l’équilibre budgétaire de l’Algérie et celui de sa balance des paiements confirment, qu’on le veuille ou pas, l’hypothèse que l’équilibre des finances publiques et des comptes extérieurs ne viendra plus du pétrole et qu’il était temps de mettre le turbo afin d’accélérer les réformes économiques et budgétaires longtemps abandonnées au profit d’une éphémère reprise des cours du brut. La hausse des déficits jumeaux devient désormais problématique pour un pays comme l’Algérie, dont les recettes d’hydrocarbures pèsent pour les deux tiers dans le budget de l’Etat. La baisse des recettes conséquemment à la chute des prix du pétrole sur le marché mondial – un facteur exogène sur lequel le gouvernement n’a aucune maîtrise – a été en grande partie à l’origine de la hausse du déficit commercial et, plus globalement, de la balance des paiements. Compte tenu des prévisions peu optimistes sur l’évolution des prix du pétrole sur le court et le moyen terme, l’Algérie ne pourra compter que sur ses capacités de se réformer au moyen d’ajustements économiques et budgétaires soutenus afin de pouvoir rétablir la viabilité de sa balance des paiements et ralentir l’érosion de ses réserves de change. Dans ses Perspectives économiques mondiales, publiées il y a quelques jours, le FMI prévoyait une légère baisse du déficit du compte courant cette année avant d’augmenter l’an prochain des suites d’une projection d’une évolution à la baisse des prix du pétrole en 2021. En effet, le déficit du compte courant, qui a atteint 10,5% du PIB en 2020, devrait baisser dès cette année, à 7,7% du PIB avant de retrouver son canal haussier à compter de l’année prochaine pour atteindre 8,7% du PIB. Clairement, la balance des paiements, dont le compte courant en est une partie, souffre essentiellement de la rechute des prix du pétrole, dont la courbe serait à nouveau de tendance baissière selon les projections de l’institution de Bretton Woods. Les marchés à terme, écrit le FMI dans son dernier rapport, laissent entrevoir un déport (une courbe des cours à terme orientée à la baisse), où les prix du pétrole se situent à 58,5 dollars le baril en 2021 (42 % de plus que la moyenne de 2020), puis tombent à 50,7 dollars en 2025. Ces pronostics accréditent la thèse selon laquelle l’équilibre du budget et celui de la balance des paiements ne viendra plus des cours du brut et qu’il est plus qu’urgent de ressortir des placards la pile des réformes que le pays a depuis toujours remises à plus tard. D’autant plus que le déficit de la balance des paiements a une incidence directe sur le stock en devises placé dans les banques souveraines occidentales et dont le solde est de seulement 42 milliards de dollars. Intimement lié au déficit de la balance des paiements, les réserves de change chutent en moyenne de 20 milliards de dollars annuellement depuis 2015. Il est désormais à craindre que les réserves s’amenuisent plus tôt que prévu si des réformes économiques et des ajustements budgétaires soutenus ne sont pas mis en place dans les meilleurs délais afin de rétablir la viabilité de la balance des paiements.