Le budget présenté par le gouvernement dimanche dernier, en Conseil des ministres, prévoit une baisse drastique des recettes, alors que les dépenses amorcent une nouvelle tendance haussière après le virage vers l’austérité négocié dans le budget de l’actuel exercice. Au chapitre des recettes, le gouvernement a eu la main légère en instituant de nouvelles mesures fiscales aussi bien à l’adresse des entreprises qu’au ménages dans le but, bien évidemment, de relever le niveau des recettes ordinaires. Globalement, les recettes, produits et revenus applicables aux dépenses définitives du budget général de l‘Etat pour l‘année 2021 sont évalués à 5328,1 milliards de dinars. Comparés aux prévisions de recettes de l’actuel exercice, nous sommes bien loin des 6.200,3 milliards de dinars de produits de la fiscalité ordinaire prévues dans la loi de finances 2020. Celle-ci, faut-il le rappeler, tablait sur un niveau de fiscalité pétrolière budgétisée de 2.200,3 milliards de dinars (contre 2.714 mds DA en 2019), avant que la chute des cours du brut, entamée dès janvier 2020, ne vienne remettre en cause les projections initiales du gouvernement. Les recettes fiscales ordinaires au titre de l’actuel exercice étaient, en revanche, annoncées en hausse de 8,6% par rapport à 2019, passant à 3.029,9 milliards de dinars. Les prévisions initialement établies par le gouvernement dans sa principale feuille budgétaire pour 2020 ont été révisées par la loi de finances complémentaire 2020. Les recettes budgétaires devraient baisser à 5.395,8 milliards de dinars contre une prévision initiale de 6.289,7 milliards de dinars. La baisse des recettes prévues cette année s’explique essentiellement par le ralentissement de l’activité économique sous l’effet de la crise sanitaire et la chute des prix du pétrole sur le marché mondial. Dans les détails, le total des recettes ordinaires prévu au titre de l’exercice 2021 s’établit à 3408,9 milliards de dinars, alors que les recettes de la fiscalité pétrolière devraient s’établir à 1919,2 milliards de dinars. Ainsi, le budget de 2021 ne sera que partiellement alimenté par les recettes et produits de la fiscalité ordinaire. Celle-ci, de l’ordre de 5395,8, faut-il le rappeler, parviendrait à peine à financer les dépenses de fonctionnement qui caracoleraient à plus de 5314,5. Se pose alors la question de savoir par quel moyen le gouvernement compte-t-il financer le budget et son déficit, à l’heure où les disponibilités financières évoluent en nette baisse. Avant 2017, le poids des déficits était amorti par les avoirs du FRR (Fonds de régulation des recettes). L’amenuisement de ces disponibilités a donné lieu à l’adoption octobre 2017 de la planche à billets comme moyen de financement. La monétisation des déficits s’est soldée par la production de plus de 6500 milliards de dinars d’octobre 2017 à la mi 2019. A l’aube de cette nouvelle année budgétaire, les débats se concentrent sur les niveaux de dépenses, mais aussi sur la capacité des recettes à couvrir le niveau des dépenses, le financement des déficits et la marge de manœuvre budgétaire dont dispose le gouvernement qui, depuis peu, dit décider d’exclure la planche à billets de sa boite à outils dont il veut faire usage face à la crise. Le budget de cette année est ainsi débattu, sur la place publique, avec, encore une fois, la résurgence de l’éternelle question sur le comment de son financement. A priori, la marge de manœuvre du gouvernement s’annonce pour le moins très étroite, face à un déficit de près de 2800 milliards de dinars, ce qui pourrait remettre la question du financement non conventionnel au centre des débats. L’option de l’endettement extérieur a été en partie dédiabolisée après que le chef de l’Etat ait appelé à tirer profit des financements proposés par les institutions financières multilatérales dans lesquelles siègent l’Algérie.