Le financement de la campagne électorale sera, à la faveur de la mouture du projet de loi électorale, sous la loupe de l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE) qui veille à la lutte contre l’emprise de l’argent sur l’opération électorale, a affirmé dimanche le président de l’Autorité, Mohamed Charfi. Invité de la chaine 1 de la radio nationale, M. Charfi a indiqué que «le renforcement du travail de l’Autorité en la dotant d’une commission chargée de surveiller le financement des comptes des campagnes électorales et référendaires permettra de mettre le financement des campagnes électorales sous la loupe de l’ANIE qui veille à éloigner l’argent suspect de l’opération électorale». Cette commission, a-t-il rappelé, vérifie la validité et la fiabilité des opérations portées aux comptes de campagne, et rend, dans un délai de six (6) mois, une décision contradictoire pour validation, modification ou rejet du compte. Aussi, la composition de cette commission comprenant un magistrat désigné par la Cour suprême, un magistrat désigné par le Conseil d’Etat, un magistrat désigné par la Cour des comptes, un représentant de la Haute autorité de transparence, de prévention et de lutte contre la corruption et un représentant du ministère des Finances, permettra d’instituer des garde-fous «opérationnels» à même de concrétiser une lutte effective contre l’argent sale. S’agissant du «remboursement des fonds de la campagne électorale», M. Charfi a expliqué que cette opération est dévolue à la Cour constitutionnelle, créée dans le cadre du dernier amendement constitutionnel, rappelant la mesure visant à empêcher le financement par les entreprises, ou le soi-disant marché d’influence, des candidats aux élections quoi que ce soit leur qualité. Par ailleurs, M. Charfi a suggéré la révision de l’alinéa 1 de l’article 176 de la mouture du projet de loi électorale, lequel exige un taux de 4% des voix exprimées dans la circonscription électorale du candidat lors des dernières élections locales, car constitue une «difficulté» pour les jeunes partis, proposant de réduire ce taux. Quant à l’éventuel recours au vote électronique lors des prochaines élections législatives et locales, M. Charfi a émis «des réserves» sur ce mécanisme qui risque, selon lui, de compromettre la régularité des élections, d’autant que l’utilisation de l’outil informatique n’est pas à la portée de tous, surtout des personnes âgées, a-t-il expliqué. L’utilisation du numérique s’impose dans la gestion de certaines étapes du processus électoral, pour faciliter certains calculs et partant faciliter le travail de l’autorité, notamment pour ce qui est des délais d’annonce de résultats des élections, a-t-il précisé. S’agissant de la condition de compétence requise aux candidats aux élections, M. Charfi a indiqué que le diplôme est exigé pour certaines fonctions, à l’instar de la qualité de membre au sein des deux membres du parlement, alors que le taux des diplômés dans certaines autres fonctions est «minime», a-t-il indiqué, soulignant que certaines catégories de la société doivent participer à la gestion des affaires publiques notamment sur le plan local. Concernant le désintérêt pour les élections, il considère qu’il s’agit d’une «problématique mondiale», insistant sur l’importance d’éveiller la conscience démocratique du citoyen et de l’encourager à participer aux différents rendez-vous électoraux. Par ailleurs, M. Charfi a exclu l’organisation des prochaines élections législatives et locales le même jour, faute de nombre de magistrats pour superviser l’opération, précisant que cela exige la mobilisation de 9.000 magistrats au minimum, ce qui est impossible actuellement vu que le nombre global des magistrats en Algérie est de 6.000. Pour ce qui est du rôle de la société civile dans l’opération électorale, il a précisé que les partis politiques sont, certes, «un réservoir de candidature», le rôle de la société civile demeure, toutefois, «central» dans l’accompagnement de la gouvernance. (APS)