La courte victoire de Lula au premier tour de la présidentielle contre Jair Bolsonaro, qui a obtenu un résultat meilleur que prévu, ouvre une nouvelle période de campagne de quatre semaines qui s’annonce acharnée et chargée d’incertitudes au Brésil. Luiz Inacio Lula da Silva, icône de la gauche brésilienne, désormais en ballotage, a remporté 48% des voix, devant le président sortant d’extrême droite, à 43%, soit environ 6 millions de voix d’écart, selon des résultats officiels quasi définitifs. Les sondages se sont lourdement trompés, qui promettaient à Lula une avance de 14 points dans les intentions de vote (50% contre 36%) et n’excluaient pas une victoire au 1er tour.

Par Anis Remane
Au Brésil, il y aura un deuxième tour des élections présidentielles, le 30 octobre prochain. Dimanche dernier, les électeurs dans ce grand pays d’Amérique latine n’ont pas tranché définitivement et les prévisions qui avaient donné vainqueur le candidat de gauche et ex-président Lula n’ont pas été confirmées. Luiz Inacio Lula da Silva a, en effet, obtenu 48,4% des suffrages, contre 43,2% pour Bolsonaro, selon des résultats quasi définitifs tandis que le dernier sondage de l’institut de référence Datafolha donnait samedi 1er octobre un avantage de 14 points à l’ex-président de gauche.
« Nous avons vaincu les mensonges » des sondages, a déclaré le président d’extrême droite, qui s’est dit optimiste à l’idée de « jouer la deuxième mi-temps » de la présidentielle. Côté Lula, une métaphore footballistique: « C’est juste une prolongation. Je peux vous dire que nous allons gagner cette élection », a assuré l’ex-président (2003-2010). « La lutte continue, jusqu’à la victoire finale», a déclaré l’ancien métallo de 76 ans, qui a admis qu’il espérait l’emporter dès le premier tour et semblait abattu après l’annonce du résultat.
Pour les observateurs de la scène politique brésilienne, le suffrage du président sortant est une « surprise ». M. Bolsonaro « a obtenu plus de votes que ce que l’on attendait, notamment à Sao Paulo et Rio de Janeiro, les deux Etats les plus importants du pays », a déclaré à l’AFP Paulo Calmon, politologue de l’Université de Brasilia. « Au second tour, la course présidentielle reste ouverte et promet d’être très disputée. Bolsonaro a encore toutes ses chances d’être réélu », ajoute-t-il.
La lecture de cet analyste est que les électeurs brésiliens ont moins sanctionné que prévu le président sortant de 67 ans pour son déni face au Covid (685.000 morts), la crise économique dans un pays où plus de 30 millions de personnes souffrent de la faim et les crises ayant émaillé tout son mandat. D’ici le 30 octobre, le dirigeant populiste aura l’occasion de galvaniser ses troupes dans les rues et de trouver un nouvel élan. « Cela renforce l’incertitude », a déclaré à l’AFP Michael Shifter, de l’Université Georgetown. Ce constat est validé par l’élection au Congrès de nombreux candidats bolsonaristes, dont des ex-ministres du gouvernement.
Paysage politique fortement polarisé
Ainsi, Ricardo Salles, qui avait été soupçonné d’avoir pris part à un réseau de contrebande de bois d’Amazonie quand il était ministre de l’Environnement, a par exemple obtenu un siège de député.Claudio Castro, allié du chef de l’Etat à Rio de Janeiro, a été réélu gouverneur dès le premier tour. « C’est le bolsonarisme qui a gagné ce premier tour », résume Bruna Santos, du Brazil Institute au Wilson Center de Washtington. « Nous aurons un second tour dans un environnement extrêmement polarisé et les électeurs de Simone Tebet (centre droit, 4% des voix) et Ciro Gomes (centre gauche, 3%), près de 8 millions de personnes, vont décider qui sera le prochain président », ajoute-t-elle. Lula dispute sa sixième course présidentielle, 12 ans après avoir quitté le pouvoir avec un taux de popularité stratosphérique (87%). Mais il a du mal à se débarrasser de l’image de corruption qui lui colle à la peau depuis l’énorme scandale « Lavage express », qui lui a valu 18 mois de prison avant que ses condamnations ne soient annulées ou prescrites.
« Je n’ai jamais gagné une élection au premier tour », a déclaré l’ancien président devant ses partisans à Sao Paulo, promettant « plus de déplacements et d’autres meetings » à la rencontre des Brésiliens pour décrocher un 3e mandat le 30 octobre. « On va devoir convaincre la société brésilienne. Demain, je commence à faire campagne. Si j’avais gagné au premier tour, j’aurais pris trois jours de congé et je serais parti en lune de miel », a-t-il dit
Lula devra aussi changer de stratégie après avoir commis l’erreur, avant le 1er tour, de faire une campagne «centrée seulement sur les réalisations de ces deux mandats antérieurs» (2003-2010) et il devra « présenter des projets pour l’avenir ». « La partie pour le second tour va être dure », renchérit Marco Antonio Teixeira, de la fondation Getulio Vargas (FGV): « il n’y a que cinq points d’écart » entre Lula et Bolsonaro, « on va connaître une période très tendue ».
La performance de Bolsonaro devrait « le regonfler », dit Michael Shifter, analyste de l’Inter-American Dialogue. Le revers relatif de Lula lui accorde « un mois supplémentaire pour provoquer des troubles dans les rues », estime pour sa part Guilherme Casaroes, de la Fondation Getulio Vargas. Il considère, lui aussi, que « les chances de Lula d’être élu sont nettement plus faibles ». « On ne peut pas exclure que Bolsonaro galvanise sa base et l’encourage à pourchasser les supporters de Lula », dit de son côté M. Shifter. Entre les deux camps « il y a beaucoup de rancoeur, de haine et il ne serait pas surprenant que cela conduise à des troubles », alors que la campagne a déjà connu des violences. Des supporters de Lula ont souvent indiqué ne pas avoir porté la couleur rouge du Parti des Travailleurs (PT) par crainte d’agressions de la part de bolsonaristes.
Le scrutin auquel 156 millions d’électeurs avaient été appelés, s’est déroulé sans violences ni incident majeur dans le plus grand pays d’Amérique latine. Bolsonaro avait menacé à plusieurs reprises de ne pas reconnaître le résultat des urnes et des troubles étaient redoutés. Plus de 500.000 membres des forces de l’ordre avaient été mobilisés pour assurer la sécurité du scrutin, qui s’est déroulé en présence de dizaines d’observateurs étrangers.
Source Agences