Dans la feuille de route du ministère de l’Agriculture et du Développement rural, il est question d’atteindre près de 2 millions d’hectares de périmètres agricoles irrigués à l’horizon 2024 et de développer dans l’immédiat les cultures de colza, de soja et de maïs. Certes, c’est un ambitieux programme, mais qui, selon Brahim Mouhouche, enseignant à l’Ecole supérieure en agronomie, manque de maturité. «Par voie de conséquence, ce programme risque fort de rencontrer des contraintes dans son exécution», a averti ce dernier lors de son passage, hier, à la Chaîne III, sur les ondes de la radio publique. Comme il considère que le programme a été élaboré à la va-vite. Il en veut pour preuve, concernant le volet irrigation, l’extension de la surface irriguée au Nord du pays. «Cela n’est pas possible en raison de la faible pluviométrie qui pourvoit les barrages dont le contenu sert aussi à l’alimentation d’eau potable aux populations et à un degré moindre assurent les besoins de l’industrie», a-t-il argué. Faisant remarquer dans la foulée qu’au Nord, un hectare irrigué consomme 6 000 mètres cubes par an alors que l’Algérie est classée comme étant le pays le plus pauvre au monde en matière de réserve en eau renouvelable. Par contre, concernant le Sud du pays, il dira que l’irrigation peut y être développée dans la mesure où il existe des volumes très importants d’eau souterraine (albien). Mais pour Mouhouche : «Quand bien même l’eau est disponible à profusion, elle ne peut être utilisée telle quelle, au vu notamment de son taux élevé de salinité (3 à 6g par litre) et son degré de chaleur (entre 60 et 80°) à moins d’investir pour rendre ces eaux utilisables, notamment sur du substrat inerte, c’est-à-dire sur le sable».
Il a en outre expliqué que «parler de développer les cultures du colza, du soja et du maïs passe inéluctablement par une réduction du taux de salinité de l’albien, c’est-à-dire traiter ces eaux. Pour ce faire, il va falloir beaucoup investir. Non sans savoir que dans le sud pour irriguer un hectare il faut entre 8 000 et 10 000 m3 d’eau par an». Toujours dans ce même registre, l’invité de la Chaîne III, ne s’est pas empêché de signaler que «la culture du colza, du soja ou de l’arachide, en zone saharienne, exige au minimum deux ou trois années d’expérimentations. Et ce n’est qu’après que tous les paramètres connus et les comportements maîtrisés que l’on peut prévoir un développement de ces cultures». Poursuivant : «De là à dire que leur culture sera développée à court terme me paraît un trop exagéré.» Il a en outre lâché : «Toutes ces cultures sont étrangères à nos agricultures. C’est pourquoi il aurait fallu prendre du temps afin que les agriculteurs intéressés puissent arriver à les maîtriser.» Non sans préciser, avant de passer à un autre sujet, que «les cultures citées plus haut sont grandes consommatrices d’eau. Et donc ne peuvent être développées que dans le cadre de l’agriculture saharienne». Autre sujet abordé, celui des rendements dans la culture céréalière. Et là encore, Mouhouche s’est dit étonné d’entendre ici et là qu’il est possible de réaliser des rendements de 60 quintaux à l’hectare de céréales primaires (blé dur et tendre). «Ce n’est que fabulation. Et quand bien même ce taux de rendement serait atteint, ce ne sont que des niches de performance.» Continuant dans ce sens, «il faut être réaliste, le rendement ne peut dépasser les 30 q/t à l’hectare. C’est d’ailleurs à notre portée pour peu que les itinéraires soient appliqués à la lettre».
Il a tenu enfin à dire : «Il nous faut passer à une agriculture scientifique, seule à même de rationaliser les volumes d’eau de nos barrages, consacrés aux besoins de l’agriculture de plus en plus importante». n