Vingt-quatre heures avant les fêtes de l’Aïd-el-kébir, la vente de moutons connaît une «baisse sensible» et incite à croire que l’abattage sera de moindre ampleur cette année, en particulier dans les grandes villes du pays. «Les éleveurs et les maquignons sont en majorité dans l’incapacité d’acheminer leur bétail vers les grands centres de consommation», confirme et explique le vice-président de la Fédération nationale des éleveurs d’ovins. «Les ovins sont disponibles, mais les éleveurs et les revendeurs rencontrent d’énormes difficultés à les faire écouler, là où se trouve le marché», c’est-à-dire dans les grandes agglomérations du Nord à quelques exceptions, ajoute Brahim Amrani.
Pour ce «fédéral» de la filière ovine, la crise sanitaire a «cassé», cette année, le circuit traditionnel du marché des ovins en cette période de fête religieuse. Les rotations d’habitude fréquentes durant la semaine d’avant le jour du sacrifice, entre les zones d’élevage comme Djelfa, Biskra, Laghouat et les lieux de consommation, sont «nettement revues à la baisse». «Les conditions sanitaires exceptionnelles, l’interdiction de circulation d’une wilaya à l’autre et la limitation des points de vente ont dérouté les opérateurs et nombreux n’ont pas pu faire parvenir leurs marchandises jusqu’aux clients».
Ce qui a joué négativement sur le marché, selon les indices d’une baisse de la demande observée durant ces dernières soixante-douze heures. En temps normal, c’est la période durant laquelle les acheteurs se ruent sur le mouton partout disponible. Cette année, les lieux de vente, notamment à Alger, sont à rechercher et n’encouragent pas les marchands d’ovins à engager des frais de transport.
Pour M. Amrani, «il y a cette fois le constat indiscutable que l’engouement pour le sacrifice du mouton n’est pas au rendez-vous», ce qui se traduit déjà, selon lui, par «un manque à gagner» et des «pertes» qui vont être notamment comptabilisées par le fait que les éleveurs vont devoir garder plus longtemps le cheptel destiné à l’abattage. D’autant que le Hadj, autre rendez-vous religieux où la demande d’ovins est importante, a été annulé.
S’agissant des prix, un indicatif de la situation d’exception actuelle, ils sont pratiqués proportionnellement aux zones où le cheptel est plus disponible. Dans les Hauts-Plateaux, ils restent relativement «normaux» en raison de la proximité entre l’éleveur et le consommateur. Ils enregistrent même en certains endroits une chute de 8 000 à 10 000 dinars par tête de mouton qui peut être cédé selon une fourchette de 28 000 à 30 000 dinars. Dans les grandes villes, «ils ont décuplé» en raison de la rareté du produit, allant de 50 000 à 80 000 dinars.
«Dans l’ensemble, 2020 ne sera pas la bonne année», selon le vice-président de la Fédération des éleveurs d’ovins. Il estime cependant «que les mesures de prévention prises par l’Etat sont dans l’intérêt de tous et du consommateur en particulier.» Et de saluer le travail accompli par l’association des vétérinaires dans l’intensification du contrôle de la santé et de la qualité des bêtes». n