Par Houria Moula
Le 8e vendredi des manifestations populaires pour le départ du système a été une réponse au plan qui s’est mis en place par l’activation de l’article 102 de la Constitution, à savoir l’investiture d’Abdelkader Bensalah comme chef de l’Etat et l’organisation d’une élection présidentielle le 4 juillet avec le même gouvernement conduit par Noureddine Bedoui. Mais, les évènements d’hier mettent à mal toute tentative des tenants du pouvoir à poursuivre cette feuille de route contre la volonté populaire. L’annonce par le Club des magistrats du boycott de la supervision de l’élection présidentielle du 4 juillet constitue un obstacle à prendre avec beaucoup de sérieux en haut lieu. Ce sont ces hommes et femmes de loi qui valident les PV de dépouillement dans les bureaux de vote. Une élection sans représentants de la justice n’en est pas une. Quarante-huit heures après avoir signé le décret portant convocation du corps électoral, Abdelkader Bensalah se heurte à un mur. Son premier engagement pris le 9 avril dernier lors de son discours à la nation ne peut se réaliser sans l’appui des magistrats. L’autre évènement de la journée est sans doute la manifestation des habitants de la wilaya de Béchar contre la venue du nouveau ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et de l’Environnement, Salah Eddine Dahmoune. Ce dernier a été prié de «dégager» par les manifestants qui sont allés se regrouper au niveau de la route de sortie de l’aéroport pour exprimer leur refus à cette visite et à tout le gouvernement de Noureddine Bedoui. Ce même gouvernement à qui le chef de l’Etat, Abdelkader Bensalah, a confié la mission de «soutenir et accompagner» l’institution nationale collégiale et souveraine promise pour organiser la présidentielle. C’est dire que même en tant que facilitateur, l’Exécutif de Bedoui est rejeté.
Que reste-t-il au chef de l’Etat et au Premier ministre pour mener à terme leur mission qui consiste à organiser une présidentielle dans trois mois, pour que les Algériens puissent choisir librement leur futur président ? Dans de telles conditions, surtout après le déluge populaire du 8e vendredi des manifestations où le peuple a exprimé sa détermination à aller jusqu’au bout de sa revendication de départ de tout le système, insister dans cette voie paraît difficile à mener au bout. Et pour cause, il semble pratiquement impossible d’entamer les préparatifs liés à cette échéance tant que le rejet populaire persiste. La révision du fichier électoral suggère l’adhésion de l’administration locale instruite par le gouvernement. Ce qui n’est pas acquis. De même pour «l’institution nationale collégiale» que Bensalah a promis d’instituer et qu’il est impossible de mettre en place, car nécessitant l’adhésion de la classe politique. Alors que cette dernière dans la presque totalité, particulièrement l’opposition, rejette Abdelkader Bensalah et refuse ne serait-ce que d’entrer en contact avec lui.
C’est dire que l’accélération des évènements montre la difficulté qu’auront le gouvernement de Noureddine Bedoui ou le chef de l’Etat d’avancer sereinement pour la mise en application de la feuille de route tracée après l’application de l’article 102 de la Constitution. L’élection présidentielle du 4 juillet, cap tracé par ce duo, est désormais compromise. En voulant imposer son plan de sortie de crise au moment où le peuple ne cesse de réclamer un changement radical, on se trouve à nouveau dans une impasse. Comment en sortir ? L’option viendrait peut-être d’une combinaison entre la voie constitutionnelle et la solution politique préconisée par le peuple, comme le disposent les articles 7 et 8 de la Constitution. n