Invité, hier, au forum du quotidien Le Courrier, le secrétaire général du Haut-conseil islamique (HCI) Boumediène Bouzid a considéré qu’il était inadmissible de demander l’abrogation de certains versets du Saint-Coran sous prétexte qu’« ils appelleraient à la violence », en référence à un manifeste signé, mi-avril en France, par une centaine de personnalités académiques, politiques ou littéraires, parmi lesquelles des Algériens, appelant à la suppression de certains versets coraniques.

M. Bouzid, qui est aussi docteur en philosophie islamique, a considéré que « les Algériens qui ont signé cette pétition sont allés vers l’extrémisme », en allusion à Boualem Sansal.
« Il y a eu une grande bavure commise par certaines personnalités françaises car la suppression d’un verset coranique reste inconcevable et impossible. En revanche, le débat, lui, est permis, il peut concerner l’interprétation et la compréhension des textes coraniques, particulièrement ceux qui traitent du djihad », ajoute-t-il. D’autre part, et au même titre que d’autres personnalités religieuses avant lui, que ce soit le président du HCI ou celui des Oulémas algériens, M. Bouzid estime qu’il existe « une faiblesse de la présence des institutions et des acteurs religieux dans notre pays, ce qui a mené à l’émergence de certains courants comme le salafisme ». A propos du courant madkhalit, il a affirmé qu’il y avait un arrière-plan politique dans le danger qu’il peut représenter. « Il y a lieu de constater aussi la faiblesse qui caractérise la formation religieuse dans notre pays. Le problème n’est pas lié à l’argent ou aux budgets seulement, mais c’est tout le système de formation actuel qui doit être revu. Il n’y a toujours pas de cahier des charges qui organise la formation religieuse au niveau des zaouïas ainsi que des écoles coraniques, les deux lieux qui constituent des pépinières pour le plus grand nombre d’imams », ajoute-t-il.
A une question sur l’instauration d’un mufti de la République, M. Bouzid estime que « la fatwa dans notre pays est devenue collective [car] l’esprit de l’Etat algérien civil depuis l’Indépendance ne permet pas un pouvoir religieux parallèle  à celui de la présidence de la République.
La nature même de la Constitution algérienne ne permet pas l’existence d’un mufti de la République en concurrence avec le pouvoir politique mais si on pensait à mettre en place un conseil de la fatwa, cela  pourrait marcher ». Enfin, sur un autre plan, le secrétaire général du Haut-conseil islamique s’interroge sur « la hausse des visites de prédicateurs orientaux en Algérie ». « Leurs séjours périodiques signifient qu’il y a des bénéficiaires derrière de tels déplacements et ce, pour des objectifs lucratifs et idéologiques ».