«Qu’est-ce que ça rapporte à l’image de l’entreprise ? Qu’est-ce que ça rapporte comme bénéfices ? » Deux questions posées, hier, par Abdelmadjid Attar, ministre de l’Energie, à propos de la relation entre Sonatrach et le Mouloudia d’Alger (MCA).
La plus puissante entreprise d’Afrique n’a effectivement rien gagné depuis qu’elle s’est appropriée, en décembre 2012, ce club de football. Il a fallu donc attendre que des jeunes saccagent le siège de la Direction générale de Sonatrach, à Hydra, pour ouvrir les yeux sur ce dossier épineux et qui s’est révélé dangereux sur plusieurs points.
Au-delà de l’aspect « sportif » des contestations des supporters, déçus des résultats de leur équipe favorite – pourtant loin d’être catastrophiques puisque le Mouloudia reste au pied du podium, avec à la clé une seule défaite en 10 matchs disputés -, c’est essentiellement le statut même de la société publique au sein du monde footballistique algérien. En huit ans, tout ce qui a été dit et écrit sur le mariage Sonatrach-MCA était constamment lié aux controverses et polémiques autour des dépenses au profit du club. Quand les salaires faramineux du championnat algérien sont évoqués, ce sont les joueurs du Mouloudia qui sont pris comme exemple. Il est question d’une moyenne de 200 millions de centimes par mois, soit 200 fois le SNMG (Salaire national minimum garanti) actuel, rien que ça ! De l’argent public quasiment jeté par les fenêtres, -pour répondre aux questions de Abdelmadjid Attar– pour ne rien rapporter à Sonatrach, ni en termes d’image, encore moins en bénéfices.
Ces pertes continues, pourtant décriées depuis plusieurs années, viennent maintenant de se transformer en violence dans les locaux mêmes de l’entreprise publique. Pour ceux qui sont à l’écoute du monde de la balle ronde, c’était plus que prévisible.
D’où la nécessité de revoir de fond en comble cette relation « irrationnelle » de Sonatrach avec le club algérois (d’ailleurs pourquoi un seul club ?). Il s’agit bel et bien d’argent public dépensé en pure perte et avec, cerise sur le gâteau, sans aucun contrôle. Avant de faire appel aux investisseurs étrangers, Sonatrach devrait commencer par se désinvestir du gouffre footballistique. Pas d’espoir d’avoir un bon rythme quand on traîne des boulets…