Le spécialiste appelle à une meilleure visibilité sur le programme de développement des énergies renouvelables et à l’élaboration d’une stratégie de transition énergétique avec le concours des acteurs du marché national des énergies renouvelables.
Contacté par Reporters, Boukhalfa Yaici, Directeur général du cluster Energie solaire, plaide, dans la situation actuelle d’hyper dépendance aux prix du pétrole, pour l’accélération du programme de développement des énergies renouvelables, principalement de l’énergie solaire dont l’Algérie est la plus riche au monde au regard de l’importance de sa disponibilité en cette ressource inépuisable. Le premier responsable du cluster plante d’abord le décor. «Je pense que ce que nous vivons actuellement (pandémie, chute des prix du pétrole) nous impose de réfléchir différemment après le Covid-19, de ce qu’on pensait avant la pandémie.» Concernant les énergies renouvelables, il suggère de ne pas brader le pétrole et le gaz comme actuellement. «Les richesses pétrolières et gazières de l’Algérie doivent être conservées dans le sous-sol pour les générations futures. On ne peut le faire qu’avec l’accord de l’ensemble de la société. C’est un choix de société.» Sur la difficulté de mettre en œuvre cette mesure, l’Algérie ayant besoin des recettes tirées des exportations de pétrole et de gaz pour financer ses dépenses prioritaires, le spécialiste en énergies renouvelables explique que les Algériens doivent dans ce scénario accepter de se serrer la ceinture. «Tôt ou tard, la question de l’ajustement des prix des produits énergétiques sera discuté», lance-t-il. Il convient d’aller donc aujourd’hui en urgence vers les énergies renouvelables. Pour accélérer le développement des énergies renouvelables, l’effort devra se concentrer sur la partie la plus importante de la clientèle électricité, c’est-à-dire 9,6 millions de foyers (clientèle basse tension), la clientèle moyenne tension et haute tension étant moins importante. C’est cette première catégorie de clients qu’il faut cibler.
L’une des solutions privilégiées vers cette catégorie de clientèle est l’autoconsommation d’électricité via le photovoltaïque. Cela veut dire que les ménages vont produire et vendre leur propre électricité à travers l’installation de panneaux solaires. Pour y arriver, il convient d’accorder des subventions aux ménages pour s’équiper, impliquer les producteurs nationaux de panneaux solaires dans ce chantier et d’importer le reste des équipements, essentiellement électroniques, principalement les onduleurs, en attendant que les investisseurs nationaux puissent fabriquer localement ces équipements. Cela permettra d’économiser l’argent destiné à la réalisation de nouvelles centrales électriques. «Sans visibilité, pas d’écosystème favorable à l’accélération du programme de développement des énergies renouvelables».
Le premier responsable du cluster considère que l’Algérie n’a pas actuellement de véritable stratégie de développement des énergies renouvelables. «Il n’y a pas actuellement de visibilité dans le domaine des énergies renouvelables. Le programme du gouvernement fixe un objectif de production de 4 000 MW à l’horizon 2024. Logiquement, le ministère de l’Energie devrait annoncer le programme 2020-2021-2022- 2023-2024. Nous n’avons pas encore de détails sur ce programme. Sur la transition énergétique, sa stratégie étant en voie d’élaboration, elle devrait être conçue avec l’apport des acteurs du marché et non pas comme actuellement par le ministère de l’Energie qui manque de compétences dans le domaine. Cela, afin de ne plus faire ce qu’on a fait avant et qui s’est traduit par un grand retard dans le développement des énergies renouvelables. Le spécialiste plaide pour un programme d’efficacité énergétique plus ambitieux, en particulier dans l’aspect isolation thermique. «Tant qu’il n’y a pas de visibilité, il est illusoire que les éléments de l’écosystème favorable à l’accélération du développement des énergies renouvelables se mette en place. S’il n’y a pas de visibilité, la banque ne va pas s’intéresser à financer les projets dans le domaine des énergies renouvelables. C’est vu comme un marché à fort potentiel. Mais si ce marché est visible, il va également intéresser la formation professionnelle et l’industrie. «On ne peut donner que des chiffres ou des objectifs à long terme, il faut fixer des objectifs moyen terme, court terme».
Quant au problème de financement du programme des énergies renouvelables, qui constitue un frein à la progression de l’utilisation de l’énergie solaire dans le pays, il est lié, selon lui, au marché. On a cette possibilité avec la suppression de la règle 51/49 d’intéresser les investisseurs étrangers. Quant au prix du kilowattheure à partir du renouvelable, il relève que 2 milliards de dollars du fonds de soutien aux énergie renouvelables, destinés à couvrir le différentiel entre le prix de revient de l’électricité à partir du gaz et le prix de revient de l’électricité à partir du solaire, n’ont pas été consommés depuis 2011, date de lancement du programme de développement des énergies renouvelables. Les crédits carbone que l’Algérie n’a jamais sollicité auprès de ce type de marché international, alors qu’elle a réalisé un effort de réduction des émissions de CO2 à partir des énergies fossiles, pourraient financer en partie ce programme. S’y ajoute une formule de financement, le partenariat public-privé pour des projets de centrales photovoltaïques de moyenne ou de grande dimension. n