L’exercice international de simulation d’un séisme (EU-Al –Seimeex 2018 ou Europe-Algérie Séisme Exercices), organisé par la Protection civile, à Bouira depuis samedi dernier, est passé, depuis avant-hier, à sa phase 2, à savoir l’intervention des Européens sur le terrain.

Comme on a déjà indiqué dans nos colonnes, un exercice de simulation d’une catastrophe naturelle majeure, à savoir un tremblement de forte magnitude, se tient à Bouira depuis quelques jours. Les communes concernées sont El Asnam, Bechloul et Sour El Ghozlane. Aussitôt la simulation de tremblement enclenchée, un dispositif d’intervention est mis en place par la Protection civile de la wilaya. Tous les moyens humains et matériels sont mobilisés pour secourir les blessés et les victimes sous les décombres.
Le scénario prévisionnel prévoit des «bilans humains et matériels du séisme très conséquents avec des dizaines de milliers de bâtiments effondrés, des centaines, voire quelques milliers de personnes décédées», selon les organisateurs.
L’ampleur de la catastrophe nécessite une assistance nationale, raison pour laquelle, le lendemain, les renforts de la wilaya de Boumerdès arrivent. Des détachements de renforts première intervention (DRPI), spécialisés dans les grandes catastrophes, arrivent également de plusieurs wilayas. Ces unités ont été créées suite au séisme de Boumerdès en 2003. En raison de l’importance des dégâts, des glissements de terrain, des accidents de transport de marchandises dangereuses et du risque de rupture d’un barrage, le ministère de l’Intérieur décide de faire appel à l’assistance internationale.

Sept chantiers de sauvetage et une assistance étrangère
Plusieurs pays répondront à l’appel. Le premier sera la Tunisie, suivront la France, l’Italie, l’Espagne, le Portugal ainsi que la Pologne.  Dès leur arrivée en Algérie, et après les procédures douanières, les pompiers étrangers ont commencé à monter un camp opérationnel, mettre en place un système de coordination, repérer et découper la zone. Des cellules ont été mises en place dans des tentes pour l’évaluation de la situation «afin d’aider à la prise de décision», a-t-on expliqué sur place. Il s’agit de cellules de moyens, de transmission, de renseignements, de santé et d’anticipation. Des postes médicaux avancés (PMA) ont été installés dans les sites pour la prise en charge des blessés et des sinistrés choqués, sous l’œil des observateurs étrangers.
Ainsi, au troisième jour, les étrangers entament leur intervention. Avec leurs collègues algériens, ils sont « dispatchés » dans 7 sites sinistrés. Le premier est attribué aux Espagnols, aux Français, aux Portugais et aux Algériens. Des sections de sauvetage-déblaiement, cynophile et une section Grimp (groupe de reconnaissance et d’intervention en milieux périlleux) ont été envoyées sur site. Sur place, des personnes ensanglantées gisant au sol, des voitures en flammes, des blessés sur des brancards, des débris jonchant les rues désertes. Des scènes apocalyptiques. Le site numéro  3 est un pont qui s’est effondré. Sur les sites 4, 5 et 6 il y a eu des effondrements de plusieurs bâtisses, de logements ainsi que la destruction d’une caserne.

L’alerte et le Plan particulier d’intervention
Mais la plus grande catastrophe a été imaginée sur le site numéro 7. Il s’agit, notamment, d’un risque de rupture du barrage de Tilesdit dans la commune de Bachloul. Ici, la digue du barrage peut lâcher 167 millions de m3 d’eau sur la ville. Et c’est pour cette raison que les secours ont procédé à la mise en place de signes avertisseurs pour l’évacuation de la population. C’est ce qu’a indiqué le chargé de communication de la Direction de la Protection civile de la wilaya de Tipasa, le lieutenant Mohamed Mechalikh. La première règle est la mise en place d’un Plan particulier d’intervention (PPI) en vue de mieux protéger les populations vivant en aval des grands barrages. Le PPI organise et prévoit les mesures à prendre ainsi que les moyens de secours à mettre en œuvre pour l’alerte et l’évacuation des populations concernées.  Des équipes de reconnaissance vont s’informer des risques existants et des consignes de sécurité. Ainsi, ils ont contrôlé des parties noyées de l’ouvrage à l’aide des scaphandriers, de «soucoupes plongeantes» et de caméras vidéo étanches. Mais heureusement, ce n’est qu’un exercice.

Une journée de crise réussie
Le niveau du professionnalisme de la Protection civile algérienne n’est plus à démontrer. «Il est même rassurant quant à son aptitude à gérer convenablement des situations de catastrophes naturelles», c’est ce qui ressort des dires du colonel Debussy, chef de coordination des équipes de sauvetage et de déblaiement déployées lors de cet exercice.
Pour sa part, le pompier Igor, de la Protection civile madrilène (Espagne), s’est dit lui aussi «impressionné» par la qualité du déploiement des hommes et leur nombre sur le terrain. «J’ai assisté à bon nombre d’exercices de ce genre en Europe, mais celui-là était fabuleux. C’est un vrai challenge. Ce corps a vraiment évolué et progressé et je pense que c’est grâce aux expériences acquises à travers les catastrophes vécues, notamment les inondations et les séismes», a-t-il déclaré. Pour lui aucun doute ne plane quant au professionnalisme des pompiers algériens. Il a dans ce cadre fait part de «la progression des capacités des cadres, des sapeurs-pompiers qui ont su acquérir certaines de nos techniques». «La Protection civile algérienne a adapté ses équipements et la formation de ses unités à la nature des risques propres au pays. Il y a une avancée», a-t-il laissé entendre, faisant référence à la création d’équipes spécialisées, comme les DRPI, au lendemain du séisme dévastateur de Boumerdès en mai 2003, ainsi qu’à la mise en place de structures, comme le Centre national de coordination (Cenac), qui sont efficaces.

Les Tunisiens se préparent à la certification
Cette manœuvre est une occasion aussi pour les Tunisiens présents à cet exercice de profiter de l’expérience algérienne. «La Protection civile algérienne vient d’être certifiée par Insarag. Elle a les performances et les capacités d’intervention. C’est une opportunité pour les sapeurs-pompiers tunisiens, qui travaillent actuellement pour l’obtention de ce certificat», a déclaré le représentant de la Protection civile tunisienne, le colonel Tarik Bouslati.
La manœuvre sur terrain se déroule en présence de hauts cadres et des directeurs de la Protection Civile de plusieurs wilayas du pays. L’Inspecteur général de la Protection civile, le colonel Mohamed Khellaf, signale qu’il s’agit du premier exercice de simulation d’un séisme à caractère international. «Un exercice national a été organisé à Boughezoul en 2015. Nous sommes passés à une étape supérieure avec cette manœuvre internationale», souligne-t-il à la presse.
Pourquoi cet exercice actuellement ? «Le séisme est l’un des risques majeurs en Algérie. Il est indispensable de préparer les unités d’intervention en permanence. Notre pays n’est pas à l’abri des grandes catastrophes comme les inondations, les séismes et les feux de forêt. La Protection civile a atteint un niveau qui la classe dans un système européen, notamment en matière de formation et d’organisation. L’exercice permet de tester nos capacités notamment dans le montage d’exercice, la gestion des aides humaines, l’organisation de l’assistance internationale, la coordination et la prise en charge de la logistique qui implique toutes les unités de la PC. A travers cet exercice, il y a la mise à jour de nos connaissances aux standards internationaux». Il est à signaler que 12 équipes étrangères, de 6 pays, et 7 équipes algériennes, participent à cette manœuvre, parmi elles, des observateurs.