Reporters : Après neuf mois au pénitencier militaire de Blida, Louisa Hanoune, cheffe du Parti des travailleurs, ayant purgé déjà la peine qui lui a été infligée en deuxième instance, sort de prison. Allez-vous introduire un appel pour demander la relaxe ?
Boudjemaâ Ghechir : Le collectif de défense de Louisa Hanoune a devant lui un délai de huit jours à partir de la prononciation du verdict pour introduire un pourvoi en cassation au niveau de la Cour suprême d’Alger. Ainsi, la plus haute institution de l’ordre judiciaire dans le pays statuera sur le dossier de notre mandante et le pourvoi en cassation formé contre le jugement rendu par le Cour d’appel militaire de Blida.
Mais pour être plus explicite, Louisa Hanoune, qui a été condamnée en première instance à 15 ans de prison ferme, le 25 septembre 2019, a été acquittée en deuxième instance du chef d’inculpation « complot contre l’Etat et contre l’autorité de l’armée », et l’a condamnée à trois ans de prison, dont à neuf mois fermes pour non-dénonciation d’un crime.
La Cour d’appel militaire l’a blanchie et le verdict lui permet de reprendre ses activités politiques, sachant que le même Cour a confirmé la peine contre ses co-accusés, à savoir Saïd Bouteflika et les généraux Mohamed Médiène, dit Toufik, et Athmane Tartag, dit Bachir, qui ont écopé chacun de 15 ans de prison ferme.

Etes-vous optimiste par rapport à l’évolution du dossier au niveau de la Cour suprême ?
Nous sommes très optimiste et avons confiance en cette instance juridique, qui analysera le dossier minutieusement avant de statuer sur le cas Hanoune, d’autant qu’elle a été condamnée en deuxième instance pour un délit et non pour un crime. Elle est condamnée pour « non-dénonciation d’un complot » et non pour avoir commis un crime. Une accusation que la cheffe du PT a remis en question, estimant qu’elle avait pris part le 27 mars 2019 à une réunion de concertation et d’échanges avec des responsables ou d’anciens responsables connaisseurs de la situation du pays. Elle a rappelé qu’elle a rencontré Saïd Bouteflika, qui était conseiller du Président, Athmane Tartag, coordinateur des services de renseignements, et le général Toufik, patron des services de renseignements, a pris part à la même rencontre sur demande de Saïd Bouteflika. Elle a insisté sur le fait qu’à la réunion à laquelle elle avait pris part il ne s’agissait nullement de complot.

Durant la plaidoirie, Saïd Bouteflika s’est demandé pourquoi de tous les hommes politiques et personnalités qu’il avait rencontrés durant la même période, on n’évoque dans l’accusation que la rencontre avec Louisa Hanoune. Avez-vous des éléments d’explication ?
C’est la même question qu’on s’est posé nous-mêmes le 25 septembre lors du procès. Dans ses dépositions et auditions en première instance comme celle de la Cour d’appel, Louisa Hanoune rappelait qu’elle plaidait pour la dissolution des deux chambres du Parlement, le départ d’Abdelaziz Bouteflika, ainsi que la mise en place d’une constituante. Elle a aussi rappelé qu’elle a répondu à une invitation du conseiller du président de la République. Qu’il s’agissait simplement d’une rencontre d’échanges et d’idées politiques et non de complot. Le juge lui a demandé pourquoi elle n’avait pas communiqué sur cette rencontre. Elle a répondu parce qu’elle était contre les propositions qui lui ont été faites. Et nous, avocats, pendant les plaidoiries, avons expliqué que Hanoune faisait son travail de cheffe de parti politique, en donnant un avis sur une situation précise en sa qualité de leader d’un parti politique, qui a accompli sa mission de femme politique. Ajoutons à cela qu’elle est protégée par l’article 126 de la Constitution, qui lui confère l’immunité parlementaire, car elle était députée au moment des faits. Le collectif de défense s’attendait à une relaxe. On ne l’a pas obtenu, on essayera de l’avoir au niveau de la Cour suprême.