La présence en Algérie du Chef du gouvernement italien Giuseppe Conte sera l’occasion d’aborder l’épineuse question de l’immigration clandestine et l’Algérie sera sollicitée par l’Italie pour, d’une part, faciliter le retour des Algériens en situation irrégulière dans le pays et renforcer davantage les mesures sécuritaires sur les côtes pour stopper d’autre part, les départs des candidats à l’immigration, nous indiquera Maître Boudjema Ghechir.

« Il est clair que la venue du Chef du gouvernement italien s’inscrit dans la volonté de l’Italie d’en finir avec l’immigration clandestine, devenue un véritable casse-tête pour tous les Européens », explique l’ex-président de la Ligue algérienne des droits de l’Homme (LADH), Maître Boudjema Ghechir dans une déclaration à «Reporters».
Le dossier de l’immigration clandestine est devenu la première préoccupation des Européens, qui ne souhaitent plus accueillir de migrants, notamment depuis la montée en flèche des partis politiques de l’extrême droite. « Il est clair que l’Europe ne veut plus accueillir de migrants sur son sol. Pour ce faire, elle cherche à mettre en place des barrières même en dehors du Vieux Continent », ajoute l’avocat. Il précise que l’Italie va demander en termes clairs la collaboration de l’Algérie pour organiser le retour des Algériens en situation irrégulière en Italie. « Le Chef du gouvernement italien va demander aux dirigeants algériens de faciliter le retour des Algériens en situation irrégulière vers leur pays d’origine», a-t-il affirmé. Il enchaîne : «L’accord obtenu par l’Allemagne concernant cette question a ouvert la voie à d’autres pays européens à formuler la même demande.» L’Algérie va-t-elle accepter la demande italienne ? Pour Ghechir, l’Algérie ne pourra pas s’opposer au retour de ses ressortissants, dont la plupart ont quitté le pays illégalement. « Logiquement, l’Algérie va collaborer avec les Italiens pour organiser le retour des Algériens en situation irrégulière sur le sol italien. Elle ne pourra pas dire non puisqu’il s’agit de ses propres citoyens. Maintenant, il reste à savoir par quelles modalités seront organisés ces retours. L’Algérie pourra poser ses conditions comme elle l’a fait avec l’Allemagne ». S’agit-il d’une concession de l’Algérie ? Notre interlocuteur dit non. « En acceptant le retour des Algériens expulsés d’Italie, le gouvernement n’a pas cédé sur des questions de principes ou de souveraineté. C’est une réaction logique», pense-t-il. Pour la surveillance des côtes, l’Algérie pourra se défendre, estime l’avocat. « Pour le renforcement des mécanismes de surveillance des côtes, je pense que l’Algérie n’a rien à se reprocher. Il est devenu de plus en plus difficile pour les Etats de contrôler leurs frontières. L’Algérie ne pourra pas garantir zéro départ des candidats à l’immigration clandestine depuis ses côtes », dit-il.
L’Algérie a mis en place une législation pénalisant les tentatives de sorties illégales du territoire national. Cette disposition s’inscrit dans le cadre de la volonté de l’Algérie de lutter contre le phénomène de la harga. « Le gouvernement algérien a un argument pour montrer sa bonne foi en matière de lutte contre l’immigration clandestine », a-t-il expliqué. Interrogé sur l’efficacité de ce mécanisme légal de lutte contre l’immigration clandestine, il dira que ce dernier n’a pas permis l’arrêt de ce phénomène puisque les motifs des tentatives du départ sont toujours là. « On ne peut stopper les départs des harraga avec des textes de loi seulement. La solution c’est d’améliorer les conditions de vie dans le pays. On ne peut pas empêcher les jeunes de partir en Europe si les conditions de vie en Algérie ne sont pas bonnes », a-t-il noté.
La volonté des pays européens de collaborer avec l’Algérie sur la question de l’immigration clandestine vient après le refus catégorique affiché par l’Algérie à la demande de l’Union européenne d’accueillir sur le sol algérien des centres d’accueil et de transit de migrants.