Par curiosité, nous avons accepté l’invitation d’une collègue arabophone pour assister à l’un des cours de français donnés par un « expert » aux élèves pendant cinq séances, pour leur permettre de se familiariser un tant soit peu avec la langue de Molière.

Un espace dans une crèche à El Annasser, à quelques encablures de Bordj, qui fait office de salle de classe hétéroclite de lycéens, de bacheliers, d’étudiants et de diplômés, totalisant une vingtaine d’élèves, studieux, réceptifs et tout ouïe dans l’espoir de rattraper le retard. Sauf que notre étonnement fut grand lorsque nous avons découvert qu’il s’agit des notions basiques que les élèves ont apprises au primaire et qu’ils auraient oubliées. Aussi incroyable que cela puisse paraître, mais beaucoup de ces élèves se disent les ignorer, dont notre collègue qui affirme : « J’ai vraiment un grand complexe vis-à-vis du français quand j’assiste à un point de presse, surtout quand l’interlocuteur est francophone. Maintenant, grâce à deux séances avec la méthode de M. Djoubar, je parviens quand même à coller les mots pour me faire comprendre. » D’autres élèves enchaînent. Pour Omar, étudiant en biologie à l’université de Bab Ezzouar, « la langue est un moyen de communication, à chacun sa méthode de l’organiser pour transmettre une idée. Moi, personnellement, j’ai un grand complexe de ne pas maîtriser le français dans un milieu très francophone. Voilà pourquoi je tente de m’y mettre avec la méthode Djoubir. » Quant à Yasmina, mastère II de langue arabe de l’université Essania d’Oran, elle trouve que « l’enseignement académique du français n’a pas donné ses fruits, à partir du moment où l’étudiant, après un long cursus scolaire, ne parvient toujours pas à le maîtriser ». Nasredine, lui, après deux ans d’études d’informatiques, s’est converti dans le commerce. « Je rejoins mon collègue pour dire que moi aussi il m’arrive d’avoir un complexe d’infériorité du fait que je ne maîtrise pas le français, un outil très indispensable dans la fonction que j’exerce. Pour courte qu’elle soit, la durée de cinq jours d’apprentissage de français m’aura permis au moins de me situer dans le temps et de distinguer entre le passé, le présent et le futur, en parlant de la conjugaison bien entendu. » Et Sara, la scientifique, titulaire de mastère II en chimie et microbiologie conclut : « Je ne pouvais même pas faire une phrase dans l’ordre, pourtant j’ai fait mes études en français, sans rien comprendre pour autant. Maintenant, je pense que je peux me perfectionner. » Mais quelle est cette « méthode miraculeuse » que le professeur utilise pour réussir là où des pédagogues auraient échoué ? « Ma méthode consiste à utiliser la langue maternelle à l’école, que beaucoup de systèmes éducatifs à travers le monde bannissent. C’est ce que je ne comprends pas, puisque chacun de nous a un acquis considérable de mots de différentes origines. Donc, pour moi, c’est une richesse pour consolider les compétences de l’apprenant. D’ailleurs, la ministre Benghebrit va dans ce sens en encourageant l’arabe argotique (dardja) à l’école. En somme, ma méthode a fait des heureux partout dans les wilayas que j’ai visitées pour dispenser des cours simples de français », nous répond Ahmed Djoubar, doctorant à l’université d’Artois (Lille).