Les chances d’une sortie de crise sans séquelle semblent extrêmement minimes, d’autant plus que la transition à laquelle aspirent les Algériens devrait perdurer au moins six mois à une année. Les séquelles seront nécessairement économiques étant donné que la situation est carrément sur le fil du rasoir et, dans de pareilles situations, le facteur temps compte beaucoup.

Sur le fond, les dirigeants actuels et ceux à venir ont hérité d’une vraie bombe à retardement, car les précédents gouvernements ont fait preuve d’une parfaite passivité face à la crise, alors que des réformes budgétaires et économiques auraient pu être mises en branle dès le lendemain du contrechoc pétrolier de juin 2014. Dès la remise à plat du casse-tête politique, lequel exige la nécessaire conduite d’une transition qui déboucherait sur des élections propres et démocratiques où l’égalité des chances sera garantie d’avance, les urgences économiques vont aussitôt ressurgir et les choix seront pour le moins déchirants. Sur le papier, tout semble déjà clair, à moins que les prochains dirigeants décident de rééditer les échecs précédents. Bien que le renforcement de la rente exige des cours de brut élevés, ce qui serait à exclure dans les prochaines années eu égard aux tendances du marché et à la situation de ses fondamentaux qui n’ont jamais été aussi fragiles. Il faudra en tout cas se remettre aux bonnes pratiques en matière de gestion de l’argent public, assainir les finances publiques, revenir aux arbitrages budgétaires, du moins pour une période donnée, jusqu’à ce que les équilibres soient garantis, mettre en application des réformes économiques structurelles et ambitieuses, instaurer l’obligation de résultats à tous les niveaux, redonner au travail ses lettres de noblesse et en finir avec l’assistanat, lutter contre la corruption et tous les genres de gaspillage… En pratique, néanmoins, revoir de fond en comble les moeurs actuelles de gestion qui se sont ancrées ces dernières années à tous les niveaux sera un exercice compliqué qui exige une parfaite légitimité du prochain gouvernement. D’où cette condition sine qua non d’une personne légitimement élue à même de pouvoir conduire le projet de réformes qu’exige la situation actuelle. Apporter une solution à la crise en adoptant les mêmes mœurs de gestion sont deux verbes qui ne se conjuguent pas ensemble. L’entre-deux serait également un exercice délicat. Surtout si l’impasse politique venait à perdurer et l’équation économique à se complexifier davantage. La situation est d’ores et déjà si compliquée et le pays ne tient plus qu’à la planche à billets et aux réserves de change et dont le solde se rétrécit dangereusement au fur et à mesure que la réponse tarde à avoir lieu.
Répondre aux déficits qui vont en se creusant et aux positions financières internes et externes qui se fragilisent sans répit, c’est aller dans le sens de l’opinion, hâter la transition politique, élire un président légitime et consensuel, mettre en place un gouvernement de compétences nationales, penser un plan de sortie de crise global. C’est accepter de toucher sérieusement à des réformes mises au frigo depuis toujours et qui nécessitaient une réelle volonté politique et une parfaite légitimité, dont la réformes de subventions, la réforme du code de l’investissement, la refonte de l’appareil bancaire et financier, mettre en place une orthodoxie financière qui tient compte de la viabilité des finances publiques, des comptes extérieurs et de l’impératif de faire émerger un tissu de production national au détriment des importations… C’est dire que les chantiers qui attendent le futur gouvernement sont aussi complexes que sensibles, ce qui renvoie à dire qu’une transition politique de longue durée ne ferait qu’aggraver la situation économique, nuirait aux chances de sortie de crise et réduirait davantage les marges de manœuvre qui sont déjà trop minces.