Par Younès Mansouri
Le projet Desertec a été mis en veilleuse depuis plusieurs années. Pour quelle raison ? Une déclaration faite, jeudi 25 mars, devant le Sénat par le ministre de la Transition énergétique et de l’Energie renouvelable, Chems Eddine Chitour, éclaire les zones d’ombre qui entouraient le projet.
En effet, Chitour a rapporté que «les banques refusaient à l’époque de financer le projet en raison de son coût très élevé de 450 milliards de dollars». Finalement, les problèmes auxquels était confronté Deseretc n’étaient pas d’ordre politique ou économique, mais bien financier. Qu’adviendra-t-il de ce projet ? Les problèmes étant de nature financière, est-il possible d’identifier une option globale pour le relancer, en plaçant les intérêts du pays en matière de renouvelable au premier plan? Le ministre de la Transition énergétique a parlé carrément de «l’abandon du projet», rejoignant ainsi la position de l’ex-ministre de l’Energie, Abdelmadjid Attar, qui avait déclaré que le projet d’investissement en énergie solaire avec le partenaire allemand, connu sous l’appellation «Projet Desertec», était «dépassé et qu’il fallait l’oublier». Chitour a souligné que l’abandon du projet «ne signifie cependant pas que l’Algérie a rompu son partenariat avec la partie allemande», estimant qu’il y a de «grandes possibilités de coopération» avec ce pays leader dans le domaine des énergies renouvelables, «d’ici à l’horizon 2030».
Par ailleurs, et tout en essayant de fixer un cap aux énergies renouvelables, il a ouvert une nouvelle piste en matière énergétique, celle de l’hydrogène. Il a ainsi relevé que les «partenariats» avec les pays développés en matière de production d’énergie permettront à l’Algérie de «remplacer le gaz par l’hydrogène» Ainsi, a-t-il poursuivi, à partir de l’énergie solaire, l’hydrogène produit sera commercialisé en Europe à partir de l’Algérie, à travers les pipelines existants. Cependant, a-t-on les ressources nécessaires pour le réaliser et des projets dans le renouvelable et des projets dans l’hydrogène ? Le ministre de la Transition énergétique essaye de courir plusieurs lièvres à la fois, mais il risque de n’en attraper aucun. Pourtant, il sait mieux que quiconque qu’il y a urgence à agir et à accélérer le développement des énergies propres, alors que le temps presse plus que jamais. Le pays a tout à gagner à rechercher les voies à suivre et les moyens à mettre en œuvre pour développer les énergies renouvelables, car, celles-ci font partie de la stratégie énergétique nationale qui comprend aussi bien les gains en efficacité énergétique avec tout ce que cela implique en matière d’habitat écologique, de matériaux de construction optimisant l’isolation thermique, que la réduction des volumes en gaz destinés à la production d’électricité. Cela serait certes un pari de plus en plus difficile à tenir, parce que l’addiction pétrolière semble forte, empêchant la transition énergétique de s’opérer. Evidemment, tant que le pétrole conventionnel et non conventionnel est là, la transition va se faire, mais à pas lents. Il faut dire qu’en dépit des efforts déployés par l’Etat pour la transition énergétique, le pétrole demeure toujours la locomotive de l’économie dans son ensemble. Ainsi, les hydrocarbures ont toujours la peau dure, et le pays n’a pas réussi à s’en défaire. Dans ces conditions, il s’avère plus que jamais nécessaire d’adopter l’approche radicale du changement en matière de consommation d’énergie, car le modèle énergétique actuel de l’Algérie «ne fait pas place à la création de richesse», d’autant plus que la consommation nationale des produits énergétiques «a atteint 60 millions de tonnes par an», comme l’a indiqué le ministre de l’Energie. n