La situation en Libye fait avaler bien des poires d’angoisse. Après que les autorités du pays aient déclaré la situation de force majeure, suite à l’arrêt des approvisionnements en pétrole, le marché a aussitôt chuté, laissant planer de sérieux doutes quant aux capacités du pays à rétablir la situation. Tout a commencé lorsque des forces loyales au maréchal Khalifa Haftar ont bloqué samedi les principaux terminaux pétroliers de l’est du territoire libyen, provoquant ainsi la chute des exportations d’or noir, qui représentent 1,3 million de barils par jour. Cette action est intervenue à la veille d’un sommet international à Berlin qui a accouché d’un cessez-le-feu précaire dans ce pays en proie à la guerre civile.
Peu après le blocage des terminaux pétroliers par les forces du maréchal Khalifa Haftar, les diplomates américains en poste à Tripoli sont intervenus pour appeler à la reprise des opérations de la société nationale pétrolière libyenne. Aussi surprenant qu’incompréhensible, un tweet de l’ambassade des États-Unis a appelé à la reprise des opérations pétrolières dans ce pays, exigeant, sur un ton menaçant, à la Trump, que «les opérations de la NOC (compagnie nationale libyenne de pétrole) doivent reprendre immédiatement». A cette situation complexe en Libye s’était ajouté l’arrêt momentané des approvisionnements pétroliers de l’Irak, un pays qui valse depuis quelques mois déjà au rythme de manifestations, quelquefois sanglantes et meurtrières. L’arrêt des livraisons de pétrole en Irak était intervenu suite à un mouvement de protestation d’agents de sécurité qui a temporairement bloqué l’accès à un champ pétrolier.
Ces évènements ont momentanément aidé à la reprise des cours, galvanisés par les craintes d’un contrecoup sur l’approvisionnement mondial de pétrole, mais le marché a vite digéré ces nouvelles, notamment après les propos tenus par le directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), Fatih Birol. Ce dernier, qui s’est exprimé, hier, à l’occasion du 50e Forum économique mondial (WEF) à Davos, en Suisse, a fait état d’une «abondance de l’offre de pétrole» avec un surplus estimé à un million de barils par jour. Ces propos sont de nature à inhiber tout mouvement haussier malgré les craintes qui pèsent sur les perturbations des exportations en Libye. D’ailleurs, les prix du pétrole baissaient, hier, en cours d’échanges européens ; le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en mars valait 63,12 dollars à Londres, en baisse de 1,47 dollars (2,28%) par rapport à la clôture de mardi, alors que le baril américain de WTI pour mars, dont c’est le premier jour de cotation comme contrat de référence, perdait 1,55 dollars (2,66%) à 56,83 dollars vers 17h30, heure GMT. La veille, le WTI et le Brent ont respectivement perdu 0,3% et 0,9% malgré les tensions en Libye et en Irak. Les craintes d’une faible évolution des cours du brut en 2020 se confirment, alors que les pays de l’Opep+, dont l’équilibre budgétaire est tributaire d’une bonne rentabilité du baril de Brent, peinent à rééquilibrer le marché même à coup d’une réduction de 1,8 mbj de leur production. L’Algérie n’est pas en reste puisque l’équilibre de son budget ne peut se réaliser au-dessous de 85 dollars le baril, alors que ses équilibres extérieurs dépendent d’un baril supérieur à 98 dollars. Le groupe de recherche et de consulting en énergie, Wood Mackenzie, a prévu dans un rapport publié cette semaine que les prix du pétrole évolueraient autour de 64 dollars le baril en 2020, soit autour des niveaux actuels de prix. Wood Mackenzie s’attend à ce que l’offre sur le marché reste surabondante en 2020, et une partie de cet approvisionnement proviendra de producteurs non membres de l’Opep et non américains tels que le Brésil, le Canada et la Norvège. Si les fondamentaux du marché reste en l’état, il serait improbable que les prix reprennent et le marché retrouve son équilibre en 2020, ce qui serait une douche froide aux espoirs de nombreux pays producteurs, dont l’Algérie.