La mobilisation ne baisse pas. Le Hirak est partout. Il régit et règle le quotidien de dizaines de milliers de jeunes à travers la toile et dans la vie réelle. Il n’en donne peut-être pas encore le sentiment mais il s’est bel et bien désenchaîné de toute entrave cette année, et il a l’intention de mener la vie dure à ses adversaires…

Rien aujourd’hui, ne semble en mesure de réfréner son désir de liberté et sa volonté de changement. Le maintien des détenus en prison, le blocage de la situation et l’absence de perspectives qui en découle sont autant de facteurs de mobilisation pour le Hirak. Ce dernier, fragmenté les jours de semaine entre les mardis-étudiants, les samedis-escalades, les jours-procès et le reste des quotidiennetés, se ramasse les vendredis, se ressoude et se reconstitue en une seule entité, avec les mêmes slogans, les mêmes emblèmes,
les mêmes revendications à Blida, Tlemcen, Tizi, Constantine, Oran, Annaba, Béjaïa, Bouira… et à Alger surtout, fortement ciblée depuis le début de cette 2e année pour son statut de capitale…
Outre le fait de vouloir «mettre le paquet» sur la capitale, les éléments les plus engagés du Hirak ont initié différentes actions au niveau local allant de l’organisation de réunion de concertations et de discussions, de la mise sur pied de commissions de coordination du Hirak à l’organisation d’ateliers sur l’économie, la justice, l’information, la politique, les élections… dans une perspective future débarrassée du régime des gangs.
Hassen G., jeune activiste du Hirak à Blida, nous apprend ainsi qu’«il a été décidé de faire appel à un groupe composé de 30 Hirakistes pour assurer la coordination du Hirak à Blida lors des manifestations du vendredi» et «empêcher les dépassements qui peuvent se produire» comme ce fut le cas en cette
55e édition à la rue Saïb Ali où un jeune conducteur venant en sens inverse avait tenté de se saisir d’une banderole consacrée à feu Hassen Benkhedda, Hirakiste décédé lors d’une marche à Alger en 2019. Selon Hassen G., le mis en cause, «membre de la famille Benkhedda ne voulait pas que le nom de la famille soit porté ainsi sans le consentement des siens. La présence du fils du défunt et de son oncle finit par le calmer»
Mohamed Amine Z., un autre élément actif du Hirak, qui avait rapidement intervenu pour calmer les esprits à la rue Saïb Ali en rappelant à tous que «le Hirak avait promis de rester pacifique jusqu’au bout», nous parle d’une autre initiative encore inédite visant «l’organisation d’ateliers dédiés à l’économie, la justice, la communication, la politique, les élections…». De jeunes Hirakistes «se chargeraient de l’élaboration de plans et de programmes dans ces différents domaines»… Ces plans et programmes seraient destinés à un gouvernement issu du peuple selon toute vraisemblance…
Les jeunes, on le voit bien, sont déterminés à faire aboutir leurs revendications et s’y préparent activement. Si certains demeurent encore soucieux de l’indépendance du mouvement populaire, d’autres n’hésitent pas à «l’offrir sur un plateau». C’est du moins ce que pense Saïd, jeune Hirakiste intraitable sur la question de représentation du Hirak. «Nous ne voulons pas de Sofiane Sakhri parmi nous. Il ne représente pas le Hirak. Il a créé un parti politique… S’il est là aujourd’hui, c’est parce qu’il veut utiliser le Hirak pour grossir son parti… Sakhri ne représente pas le Hirak, son parti non plus… Nous ne voulons pas de lui à Blida…».

S. Sakhri qui a rejoint la marche
du 55e vendredi à hauteur de «Bab Khouikha», selon Mohamed Amine, a voulu prendre la parole aux gradins de la CAAR une première fois, mais les Hirakistes présents l’en ont empêché… Une deuxième tentative échouera au retour sur La Place de La Liberté.
Les incidents qui ont émaillé cette 55e édition du Hirak à Blida n’a pas entamé le moral des troupes puisque les Hirakistes ont convenu de se retrouver en début d’après-midi pour un 2e Samedi du Hirak…