Le Centre de désintoxication de Blida a acquis une grande expérience dans le traitement de la toxicomanie, il est considéré comme pionnier dans le domaine, et une planche de salut pour les toxicomanes de différentes wilayas du pays souhaitant se libérer de leur addiction, aux drogues dures notamment.

Objet d’une forte pression, ce centre de traitement relevant du CHU Franz Fanon, assure une prise en charge médicale et psychologique pour les toxicomanes accros aux drogues dures, dont l’héroïne, la cocaïne et le Subutex (pris en injection), en raison de la particularité de cette catégorie, qui contrairement aux autres consommateurs de drogues, requiert des soins spécifiques nécessitant un séjour à l’hôpital, a observé le chef du centre, le PR. Nadir Bourbon. Le centre de Blida confère une grande importance à la prise en charge psychologique et à la réhabilitation psychosociale des patients concernés, dont l’encadrement est assuré par des psychologues, au regard de l’important rôle de l’aspect mental dans le rétablissement du malade et son sevrage de cette drogue dangereuse, du fait que le traitement nécessite une forte volonté de la part de la personne dépendante et un grand soutien de son entourage. «Un taux de 60% des consommateurs de drogues dures désirant se faire soigner nécessitent un séjour à l’hôpital pour éviter la récidive», a souligné le même praticien. Selon le Pr.Bourbon, le centre de désintoxication de Blida a accueilli, en 2021, près de 8000 toxicomanes s’adonnant à différents types de drogues, kif traité, analgésiques et boissons alcoolisées, dont le traitement ne nécessite pas une hospitalisation, outre 9000 toxicomanes addicts aux drogues dures, en majorité de sexe masculin. Une fois leur diagnostic établi par des médecins professionnels du domaine, les patients addicts aux drogues dures sont hospitalisés durant 21 jours durant lesquels ils sont soumis au protocole thérapeutique prescrit pour leur cas. Une «durée estimée suffisante pour dissiper l’effet des drogues, à condition de respecter, une fois sortis de l’hôpital, le traitement médical et les rendez-vous de contrôle destinés à leur suivi périodique, à travers des analyses médicales, visant à s’assurer qu’ils n’ont pas replongé dans la drogue», a expliqué le Dr. Bourbon. Signalant, en outre, que le traitement des toxicomanes aux drogues dures peut durer de nombreuses années, contrairement à ceux consommant d’autres drogues qui sont traités aux cas par cas, suivant la durée de la dépendance, et la situation sociale et psychologique, au même titre que le soutien familial, dont l’importance est primordiale pour qu’ils puissent réussir leur sevrage et l’arrêt définitif de la drogue. Le professeur Bourbon a également évoqué les raisons qui poussent les toxicomanes à s’orienter vers un centre de désintoxication pour demander de l’aide, notamment la pression familiale et les difficultés rencontrées aux plans santé et société, mais surtout leur incapacité financière à se procurer ces drogues onéreuses, d’autant plus qu’ils sont chômeurs dans leur majorité.

Nouveau protocole
Depuis l’année dernière, le centre de désintoxication de Blida s’est lancé, au titre des efforts de d’accompagnement des toxicomanes aux drogues durs dans leur sevrage, dans une nouvelle expérience, la première du genre au niveau national, à travers l’adoption d’un nouveau protocole thérapeutique représenté par la «Methadone «. Selon le Pr.Bourbon, médecin psychiatre spécialisé en toxicomanie, ce «nouveau protocole a été appliqué, dans une première étape, sur un groupe de 50 toxicomanes aux drogues durs», a-t-il fait savoir, relevant le recensement de 450 autres personnes actuellement soumises à l’ancien protocole, inscrites sur des listes d’attente pour bénéficier de ce nouveau traitement. S’agissant du manque accusé en la matière, le même responsable a exprimé son espoir que le centre bénéficie de quantités suffisantes de Methadone, pour couvrir les besoins des malades pris en charge en son sein. A noter que le nouveau traitement fait partie des trois ou quatre protocoles thérapeutiques adoptés dans le monde pour traiter l’addiction aux drogues dures.
Il est, également, considéré comme le meilleur moyen de traiter les toxicomanes sans ressentir les symptômes douloureux du sevrage, que le malade est incapable de supporter au delà de trois jours, dont notamment des douleurs à la tête et au corps, diarrhée et chaleur. «Cette nouvelle expérience nous a permis d’atteindre les objectifs escomptés, à savoir aider les toxicomanes à arrêter ce type de drogues, qui est la pire de toutes et la plus difficile à abandonner, sans ressentir les symptômes douloureux du sevrage, considérés parmi les plus importantes raisons incitant les personnes dépendantes à renoncer au traitement et à replonger dans la drogue», a assuré le Pr Bourbon.(APS)