«Restez chez vous. Ne sortez pas sauf pour cas de nécessité. Les hôpitaux sont débordés. Protégez-vous. C’est une maladie mortelle».

L’appel est lancé à travers un mégaphone d’un véhicule de la Gendarmerie nationale, qui sillonne les quartiers de Blida en fin d’après-midi. Et des conseils sont donnés par un imam. A Blida, le confinement sanitaire, reconduit pour dix jours depuis le 2 avril 2020, n’est pas totalement respecté. Des véhicules et des motocyclettes circulent toujours en dépit d’un arrêté du wali de Blida, Kamel Nouicer, interdisant la circulation motorisée sauf pour les commerçants, les personnels de santé et les services de sécurité. A plusieurs reprises, les services de police sont intervenus pour obliger ceux qui n’ont rien à faire dans la rue à rebrousser chemin. Difficilement. Une cinquantaine de véhicules ont été mis en fourrière. Chaque soir, les policiers font des descentes dans les quartiers populaires pour obliger les jeunes, qui n’ont pas rompu avec l’habitude de jouer aux dominos, de rentrer chez eux.

Certaines associations de bienfaisance se plaignent de la bureaucratie
A Ouled Yaïch, la population se plaint de l’indolence du président d’APC face à la détresse des familles sans ressources. «Le P/APC et ses adjoints ne s’occupent que de leurs quartiers où ils ont distribué des pommes de terre et de la semoule. Ils veulent un deuxième mandat, on a compris», dénonce un représentant d’une association au quartier 1000/Logements, l’un des plus populeux de Blida, au nord de la ville. «Aucun responsable n’est venu ici s’enquérir de la situation des familles démunies. Nous avons-nous-mêmes désinfecté les bâtiments sans aucune aide de la commune. On fait du porte-à-porte pour donner des couffins aux familles dans le besoin», ajoute-t-il. Certaines associations de bienfaisance se plaignent de la bureaucratie qui les empêche de travailler sur le terrain. «On nous a demandé de nous déplacer avec l’agrément de l’Association. Pendant presque quinze jours, nous n’avons eu aucun problème. Mais, là, dans les barrages des services de sécurité, on nous exige l’autorisation. Le chef de daïra de Blida nous a pourtant dit que nous n’avions pas besoin d’autorisation. Pourquoi toutes ces difficultés ? Nous avons des sacs de nourriture à distribuer notamment dans les zones isolées en montagne. Comment on va faire maintenant ?», s’interroge le président de l’Association Ayadi El Kheir en s’adressant au wali de Blida.

Obligation d’ouverture des commerces
Les autres wilayas continuent d’être solidaires avec Blida. Une caravane d’une vingtaine de camions, chargés de produits alimentaires, initiée par le ministère de l’Agriculture, est arrivée en fin de semaine. De la pomme de terre, du lait, des viandes blanches et des œufs ont été distribués en coordination avec les comités de quartier et «une cellule solidarité» installée au sein de la wilaya. Lors de sa récente visite à Blida, le Premier ministre Abdelaziz Djerad a demandé que les aides soient données aux familles démunies et aux travailleurs journaliers «dans la discrétion pour préserver leur dignité». Le wali de Blida a soutenu que toutes les aides sont acheminées vers «le dépôt principal» de la wilaya qui se charge ensuite de leur distribution aux communes, «suivant les demandes exprimées par les comités locaux et les représentants des quartiers». «Nous connaissons bien les quartiers où la demande se fait sentir», a précisé le wali. Dans certaines localités de la wilaya et quartiers de la ville des Roses, des citoyens s’interrogent sur «la destination» précise de ces aides. Les commerces demeurent ouverts, mais certains ne semblent pas respecter les horaires. Les services de la wilaya de Blida ont émis une nouvelle instruction demandant aux commerçants de fruits et légumes, de produits alimentaires, de viandes et de produits laitiers de rester ouverts jusqu’au soir. Les contrevenants risquent le retrait du registre de commerce. Les grossistes des produits alimentaires ont été autorisés à ouvrir de nouveau leurs dépôts. Permission est donnée aussi aux détaillants des autres wilayas de venir s’approvisionner chez ces grossistes. Les grandes surfaces restent ouvertes. Certaines comme Family Shop ont adopté des mesures de contrôle sanitaire au niveau des entrées.

«Nous entamons une semaine difficile»
Les structures sanitaires continuent de recevoir des malades de plusieurs régions de la wilaya notamment à Boufarik et à Frantz-Fanon. Au niveau du service réanimation de l’hôpital Frantz-Fanon, des dizaines de malades atteints du Covid-19 sont traités avec de la chloroquine. Les résultats sont encourageants, selon les médecins. «Restez chez vous, nous entamons une semaine difficile. Essayez de résister un peu, ne sortez pas jusqu’à ce que cette phase dure soit dépassée», lance un médecin de Blida dans une vidéo. Tahar Aït Ahmed, Directeur du Cabinet du wali de Blida, a déclaré que le nombre de lits et de respirateurs sont suffisants à l’heure actuelle à Blida. Une partie des équipements et du matériel envoyés de Chine ont été dirigés vers Blida, qui reste le principal foyer du Coronavirus en Algérie avec plus de 450 cas. Pour les autres maladies, le service d’oncologie médicale du centre anti-cancer (CAC) de Blida annonce avoir pris toutes les mesures nécessaires pour «continuer à accueillir de nouveaux patients atteints de cancer et protéger tous ses patients de l’exposition au coronavirus». Les séances de chimiothérapie y sont toujours assurées. «Les contrôles des patients suivis en consultation seront assurés par téléphone sauf cas urgents», est-il souligné.