Blida. Place de la Liberté. La prière du vendredi est terminée. La mosquée d’El Badr, en face, a commencé à libérer ses fidèles. Les premiers à sortir comme toujours sont les Hirakistes. Aujourd’hui, plus que d’habitude, cependant, ils sont pressés… Pressés d’être parmi les leurs, de parler, de discuter, d’échanger des idées, d’avoir des nouvelles, de réaffirmer leur volonté inébranlable d’en finir avec le système corrompu…

Ils traversent la chaussée, se mêlent aux autres Hirakistes sur la place qui les attendaient depuis un moment déjà. Salutations, embrassades, sourires, rires… De magnifiques images de fraternité, de tolérance entre Hirakistes mus par un seul et même but : faire tomber la «‘issaba» et libérer le pays de son emprise. Ils ne sont pas nombreux, il est vrai, mais ils sont décidés…
Blida, place de la Liberté, 13H53. Un temps maussade et froid, accompagné d’un vent fort s’est installé sur la ville des Roses mais cela ne gêne personne. En attendant d’être plus nombreux, les Hirakistes se sont installés dans l’allée qui borde la placette… D’autres continuent d’affluer… Ils viennent de toutes parts, du nord, par l’avenue Amara-Youcef, et de quartiers lointains, de l’ouest, de Bouarfa, Sidi Yacoub et de l’avenue Mekerkeb-Benyoucef, de l’est, par le boulevard Larbi-Tebessi, du sud, par le boulevard Laïchi-Abdallah…
Des groupes se forment. Les Hirakistes sont aux nouvelles. Ils discutent, échangent les informations… Abdallah B. n’est pas là, il n’y aura pas de «live», Saïd L. explique «la nécessité de se structurer» au groupe de personnes qui l’entoure. Un autre, plus loin, tente de convaincre les Hirakistes autour de lui qu’«il n’est pas nécessaire de se structurer, au contraire. Des gens, des enfants de ce peuple, sont déjà prêts pour parler au nom du Hirak. Ils viendront à Blida discuter avec les Hirakistes. Ils se déplaceront dans toutes les wilayas». Mohamed pense qu’il est nécessaire de «réactiver les groupes qui agissaient au niveau du Hirak, de les fédérer pour en sortir des éléments valables qui représenteraient le Hirak de Blida». Un autre pense qu’«il faut agir par la base, aller dans les quartiers, créer des comités pour arriver à une représentation de wilaya. Il préconise de faire de même pour arriver à une représentation nationale» …
Plusieurs options se font jour donc, dont celle de ne pas se doter de structures et de se contenter de se faire représenter par le «Mountada El Hirak». D’autres vont dans le sens inverse, elles insistent sur la nécessité de se structurer, elles diffèrent cependant dans la manière. Les uns pensent qu’il suffit de choisir parmi les Hirakistes les plus assidus pour dégager une représentation alors que d’autres pensent qu’il faut aller dans les quartiers, sur les lieux du travail même, pour élire des représentants… Certains parlent de «discussions», d’autres de «négociations», les uns disent qu’il faut parler à Monsieur Abdelmadjid Tebboune puisqu’il est président, les autres pensent qu’il faut s’adresser à l’Armée, le véritable pouvoir… Le Hirak, lui, en divers points de son parcours, a chanté «aucune discussion, aucune négociation avec les gangs»
13H57. Tarek, Abdesselem et Ahmed, les encadreurs du Hirak, sont là. Mustapha manque à l’appel cependant. Kamel Bennia a repris son drapeau confisqué lors de la journée du vote, il prend le même plaisir à le déployer dans tous les sens. L’homme-emblème est là aussi, avec son parapluie, ses slogans et puis, tous les autres, tous ces habitués du Hirak, silencieux mais fidèles. Des jeunes, des vieux, des femmes, des hommes, ils sont tous là. Des nouveaux aussi, plein de nouveaux…
14H30. Kamel, le porte-drapeau, descend sur la chaussée. Il est avec Saïd et les autres. Les premiers rangs se forment. Un drapeau national est déployé à l’horizontale. Pas de «Qassaman» aujourd’hui. On avance jusqu’à l’entrée du boulevard Larbi-Tebessi, tout proche. Monsieur Benyoucef Mellouk rejoint le Hirak avec ses unes de journaux, alerte, prompt, sautillant à droite et à gauche comme un jeune de 20 ans. Djamel, le porte-voix du Hirak, intègre les rangs un peu plus loin… Les manifestants arrivent avenue Benboulaïd, s’arrêtent face à l’entrée du siège de wilaya, crient quelques slogans «Nous n’avons pas voté, Tebboune n’est pas notre président», «Etat civil non militaire» puis poursuivent leur parcours boulevard Mohamed-Boudiaf, passent le siège de la Sûreté de wilaya sans s’arrêter, continuent ainsi, presque au pas de course jusqu’aux gradins de la Caar, s’y installent pendant 5 minutes, chantent à gorge déployée leurs chants favoris puis reprennent le chemin, avenue Amara-Youcef, Bab Essebt et la place de la Liberté… n