Les cancéreux orientés vers le service de radiothérapie du Centre anti-cancer (CAC) de la wilaya de Blida vivent le calvaire à cause de la longueur des délais des rendez-vous qui leur sont accordés pour une séance de thérapie, en raison de la surcharge, du manque de moyens de travail et de leur vétusté. Lors d’une virée aux salles d’attente du CAC de Blida, l’APS a constaté la présence de nombreuses personnes épuisées par la maladie et la longue attente d’une séance de radiothérapie. Un jeune de Tissemssilt accompagnant sa mère âgée de 87 ans, atteinte d’un cancer de l’estomac, a estimé que «le plus grand calvaire d’un malade du cancer est la durée de l’attente d’un traitement. Ma mère a du attendre presque une année pour l’obtention d’un rendez-vous pour une séance de radiothérapie», a-t-il indiqué à l’APS. Il est interrompu par une dame de Koléa (Tipasa), souffrant d’un cancer du col de l’utérus, qui affirme avoir introduit sa lettre de recommandation médicale pour bénéficier d’un traitement en radiothérapie «depuis juillet dernier». «Je n’ai commencé mon traitement que depuis deux jours, alors que mon opération a été faite depuis de longs mois», a-t-elle précisé. Elle est rejointe par un autre malade atteint d’une leucémie (60 ans), venu de Ksar El Boukhari (Médéa), qui a raconté son long parcours de combattant pour l’obtention d’un rendez-vous. «Je louais souvent des taxis pour des aller-retours incessants entre Blida et Ksar El Boukhari, rien que pour savoir si j’avais un rendez-vous. J’ai dû débourser des sommes énormes pour, à la fin obtenir un rendez-vous après 10 mois d’attente», a-t-il indiqué. De nombreux malades ont proposé qu’on les informe sur leurs rendez-vous par téléphone, SMS ou par e-mail, pour leur éviter de longs et coûteux déplacements inutiles, notamment pour les malades résidant dans des régions éloignées. «Le service de radiothérapie de Blida accueille une moyenne de 500 lettres de recommandation médicales par semaine, pour des séances de radiothérapie au profit de malades ayant subis des interventions chirurgicales complexes (en majorité des ablations tumorales)», a indiqué le PR. Haoui Messaouda, radiologue au niveau du même service. «Malheureusement, ce traitement ne se fait pas selon le vouloir du médecin, ni le désir du malade», a-t-elle déploré, évoquant de «longues listes d’attente, qui contraignent les malades à des attentes d’une durée entre trois à six mois». Les longs mois d’attente exposent la vie du malade exposée au danger, notamment pour les cas ayant subis des interventions pour la maladie de Hodgkin, «requérant un traitement par radiothérapie dans une durée n’excédant pas les trois semaines», selon la praticienne. Sachant que ce même malade doit attendre pour des «périodes de plus de quatre mois», est-il déploré. «S’il est vrai que les durées d’attente ont été considérablement réduites ces dernières années (plus d’une année dans le passé), il n’en demeure pas moins que l’Algérie reste à la traîne des normes mondiales prescrites en matière de traitement par radiothérapie» a, encore, souligné le professeur .Haoui, plaidant pour des «solutions urgentes à cette situation. Le responsable du CAC de Blida, Amar Tabache, a affirmé que la «prise en charge, dans les délais requis, des malades au niveau de la totalité des services de la structure (oncologie, chimiothérapie, chirurgie, et hémopathie), exception faite du service de radiothérapie, accusant une forte surcharge», à l’origine, selon lui, «des retards mis dans les rendez-vous».
Besoin pressant pour de nouveaux équipements
Le responsable a appelé à l’»impératif de renouveler les équipements du service, et son renforcement en ressources humaines qualifiées». Le service compte trois accélérateurs linéaires acquis depuis 2006, et risquant la panne à tout moment, du fait qu’ils sont extrêmement sollicités. Soit 30.032 séances effectuées en 2019», a fait savoir M.Tabache. Il a fait part de l’engagement pris, l’année dernière, par la tutelle pour l’acquisition d’un nouvel accélérateur durant cette année 2020, «qui sera d’une contribution certaine dans la réduction de la pression sur le service», est-il escompté. Il a, néanmoins, soutenu l’impératif d’accompagner ce nouvel accélérateur par un nouveau staff en charge de son fonctionnement, car le service accuse, également, «un manque en médecins, et agents paramédicaux», a-t-il signalé. Il est rejoint sur ce point, par le professeur .Haoui, qui a appelé à la mise en œuvre de la nouvelle stratégie du gouvernement visant à relier l’université à différents secteurs d’activités, à travers une formation estudiantine adaptée à la demande et aux besoins des entreprises. Elle a aussi fait part des «difficultés rencontrées dans la formation (d’une durée de six à 12 mois) des spécialistes nouvellement recrutés, du fait qu’ils n’ont bénéficié que d’une formation théorique à l’université», a-t-elle déploré, plaidant, en outre, pour l’ouverture d’une nouvelle spécialité universitaire pour la formation théorique et appliquée de radio-physiciens en radiothérapie. Confirmant la pression extrême exercée sur les trois accélérateurs disponibles au sein du service, Djamel Kebir, cadre au sein de la structure, a assuré la prise en charge de pas moins de 200 malades/J, au lieu d’une moyenne de 100 malades, «ce qui multiplie encore plus les pannes des équipements contraignant à retarder les séances, et partant à allonger les délais d’attente des malades», a-t-il déploré. «Les pannes nécessitent une intervention expresse de techniciens relevant d’une entreprise étrangère de droit algérien, n’activant pas durant les week end, ce qui complique davantage le problème», a-t-il souligné. M.Kebir a insisté sur «la formation de techniciens algériens la réparation immédiate des équipements acquis pour des milliards de DA, sans avoir pensé à la maintenance». Quant à Benabdellah Sid Ahmed, coordinateur médical au sein du même service, il a exprimé ses regrets de voir des malades «supplier» pour l’obtention d’un traitement. «Ceci nous attriste beaucoup», a-t-il ajouté, car «il est du devoir de l’Etat d’assurer tous les moyens matériels et humains nécessaires pour la prise en charge des malades, d’une part, et pour la réduction de la pression exercée sur le centre de Blida, d’autre part», a-t-il estimé. Le nombre de malades pris en charge au niveau du service de radiothérapie du CAC de Blida est en hausse, a indiqué le
Pr Haoui, signalant à titre indicatif que 1002 cas de cancer du sein ont été traités en 2019, contre 965 cas en 2018. Elle a plaidé pour un élargissement du réseau des structures de prise en charge de cette maladie dans le nord du pays. «Il est absurde de mettre en place un CAC, dans la wilaya d’Adrar, où il est recensé un nombre infime de personnes atteintes de cette maladie, sans compter le refus exprimé par les médecins pour s’y déplacer», a estimé cette praticienne. Elle a lancé un appel pour une «révision du Plan national anti cancer, avec la réalisation d’une enquête de prévalence (ou endémie) de cette maladie, pour décider sur cette base de l’emplacement des centres anti cancer», dont une majorité doivent, selon elle, «être implantés dans le nord du pays». (APS)