De jeunes hirakistes, inquiets du devenir du Hirak à Blida, se sont rencontrés jeudi 23 janvier au niveau du café restaurant « le Ciné », situé sur l’avenue Amara-Youcef à Bab Essebt. Hassen G., un des initiateurs de la rencontre, parle d’une « cinquantaine de hirakistes présents alors que Ouahiba B., plus modérée, avance le chiffre de « 20 environ », tout en précisant cependant qu’elle est arrivée « en retard à la réunion ».

Interrogés sur une éventuelle démarche visant le choix des « représentants » du Hirak, comme le laisse entendre la rumeur, Hassen et Ouahiba sont catégoriques : « Il n’a jamais été question de représentation du Hirak. Nous ne représentons pas le Hirak et aucun de nous n’a cette prétention ». Pour Hassen, « cette rencontre a été organisée afin de discuter du Hirak, de son avenir, de la position des hirakistes par rapport aux prochaines échéances électorales (législatives et locales) mais surtout en vue du lancement d’un certain nombre d’actions en direction des jeunes de quartiers ».
Ouahiba ajoute de son côté qu’il a été question du fléchissement constaté au sein du Hirak et de l’appauvrissement en slogans et revendications. « Après le 12 décembre, nous avons remarqué un relâchement du Hirak, une stagnation en matière de slogans et de revendications. Nous avons discuté de la manière de relancer le Hirak, de la nécessité de produire des slogans qui soient beaucoup plus en adéquation avec la situation d’aujourd’hui ».
Cette énième initiative pourra-t-elle juguler l’angoisse permanente liée à la peur de voir le Hirak tomber aux mains d’opportunistes, d’infiltrés et de traîtres ? Le corps du Hirak présent en ce vendredi 31 janvier 2020 réussira-t-il à sortir de sa catharsis ? Pour le salut du mouvement populaire, allons-nous enfin assister à un renouveau qui tarde à venir ?
Il est 13h45 et rien n’indique une quelconque volonté de déroger aux habitudes. La place de la Liberté est désespérément vide sous un soleil haut mais fort pour une saison d’hiver. Dans l’allée de ficus, des hirakistes d’un certain âge attendent patiemment l’arrivée des plus jeunes. Sont-ils là par acquis de conscience ? Entendent-ils s’acquitter d’une dette envers la jeunesse ou cherchent-ils tout simplement à faire leur minimum comme toujours ? Aux vieux présents s’ajoutent d’autres vieux avec quelquefois un ou deux jeunes… Le silence règne.
La toile est beaucoup plus animée, il faut le dire. Les messages défilent à toute allure. « La manifestation commence à Alger… », écrit quelqu’un. « La police est submergée, les rues sont envahies par des milliers de manifestants…», lui répond un autre. « Et à Oran ? C’est comment ? demande un nouveau venu. «A Ksar Chellala, sur la route qui mène vers Tiaret, des Hirakistes sont empêchés de passer par les forces de l’ordre », répond un quatrième. Photos, vidéos et textes continuent à défiler sur les Smartphones à un rythme effréné… Il est 14h’…
14h15. La placette s’anime et reprend vie. Des petits groupes se sont formés çà et là comme des taches dans l’allée… Abdallah B. n’a pas encore commencé son « live », Kamel B. monte son drapeau sur une canne à pêche en guise de mât, Tarek et Abdesselem, les inséparables du Hirak, sont là… Un couple qui se tenait à l’écart se mêle aux autres. Le drapeau géant est déployé… Un groupe de jeunes menés par Walid débarque en chantant «Ala Essalmiyya Maâouline, Manahabsouch, Manahabsouch… » (Nous comptons sur le pacifisme… Nous ne nous arrêterons pas, nous ne nous arrêterons pas…). Il attire immédiatement l’attention. Les gens accourent de tous les côtés, se joignent aux marcheurs. Une autre ambiance s’installe peu à peu qui casse avec la torpeur générale.
14h30. Le Hirak se réveille, s’étire, se secoue et prend la direction du nord-est. 200 à 250 personnes confinées dans l’allée qui bordent la placette se mettent en mouvement… Les premiers rangs sont priés de laisser passer le drapeau géant en premier. Ahmed, Abdesselem, Tarek et Saïd organisent les choses. Tout le monde est sur la chaussée maintenant. Saïd Lhadj et ses amis hissent le drapeau, ils ont repris leurs pancartes et leurs slogans traditionnels « Par l’union nous vaincrons, par la division nous cassons », « l’Etat ne peut être bâti sur le mensonge et la fraude »… La semaine passée, ils avaient dû passer au profit de slogans jugés plus urgents et plus actuels « L’Algérie n’est pas à vendre » et «Total dégage » en réponse aux propos tenus par le Président de la République lors de sa dernière conférence de presse.
14h40. Le Hirak s’ébranle sur l’hymne national. « Quassaman » est repris à gorges déployées. Le cortège accède d’emblée au boulevard Larbi-Tebessi au chant de « Sam’ou, sam’ou Ya Nas, Abbane khalla oussaya, Dawla Madania, Machi ‘Askaria » (Ecoutez, Ecoutez braves gens, Abane a laissé un testament : Etat civil, non militaire). Le slogan est repris à tue-tête pendant un bon moment. Les Hirakistes enchaînent par « Kolna El Issaba Trouh, Ya ‘Hna, Ya ‘Ntouma…» (Nous avons dit, le gang part, soit nous, soit vous). Le Hirak grossira au fur et à mesure de sa progression pour atteindre le chiffre de 500 à 600 personnes.
Il se nourrira des siens, les ramassant un à un pour atteindre son maximum aux gradins de la Caar, avant de commencer à se dégonfler. Le parcours reste le même. Après le boulevard Larbi-Tebessi, le Hirak débouche sur l’avenue Benboulaïd en prenant la rue Saïb-Ali. Il s’arrêtera devant l’entrée de la wilaya pour chanter, crier et clamer sa détermination à poursuivre la lutte « jusqu’à l’indépendance » puis devant la Sûreté de wilaya avant de continuer son chemin. Une dernière halte aux gradins de la Caar et le retour au point de départ en prenant l’avenue Amara-Youcef.