«Ici on noie les Algériens» n’est pas uniquement un graffiti, qui restera pour toujours lié au massacre du 17 octobre 1961. C’est, également, une histoire. Celle des auteurs de l’inscription sur un des quais du fleuve qui traverse Paris, la Seine. Deux Français, dont l’un (Jean-Marie) est le père de la talentueuse actrice française Juliette Binoche. C’est, également, l’histoire de la photo de l’inscription (qui a d’ailleurs été rapidement effacée) qui n’a été divulguée que 20 ans après. L’Humanité (quotidien français) n’avait pas osé la publier par peur des conséquences sur son existence même.
Deux aspects d’une inscription faite par deux Français, photographiée par un Français, cachée par un journal français, le tout, sous l’emprise d’un Etat colonial qui continuait encore de massacrer des Algériens. Ici, on met en avant l’Histoire. Pas celle que d’autres veulent donner à l’Algérie, ni celle qu’ils veulent écrire pour elle (l’Algérie). D’où l’importance à accorder aux faits, aux vérités et surtout à la justice. D’où l’impériosité, pour les Algériens, où qu’ils soient, quels qu’ils soient, de changer de paradigmes. Une mutation des mentalités s’impose, celle d’être dans l’action et non plus dans la réaction. Ne plus attendre qu’un «vent» se soulève quelque part (par des paroles ou des gestes) pour rebondir et crier au loup. Une attitude, à la longue, qui peut facilement être étiquetée pavlovienne.
Soixante ans après ce énième massacre des Algériens, il est temps de ne plus aborder l’Histoire de la même manière qu’avant. Le temps des slogans creux et des dénonciations de vierges effarouchées doit être révolu. Par respect à tous les martyrs, l’Algérie doit se donner la grandeur qu’elle mérite. Démontrer qu’il y avait une nation avant la colonisation ne pourra que commencer par montrer qu’il y a réellement un Etat algérien en 2021. Pas uniquement par l’«affichage» des institutions, ou en frappant du poing sur la table. La façade n’a jamais suffi à bâtir quoi que ce soit.
L’évolution escomptée n’est pas à chercher ailleurs que sous nos cieux. Même s’ils ne sont pas nombreux, ni très visibles, les exemples existent. Celui de l’excellent travail réalisé à chaque fois par la revue Naqd en est une belle illustration. Le numéro hors-série sorti dernièrement, dédié au 17 octobre 1961, est tout indiqué pour prendre le chemin qu’il faut pour rétablir les bases d’un Etat, d’un véritable Etat.