La 23e édition du Salon international du livre d’Alger (Sila), qui a réuni plus d’un millier d’éditeurs, dont près de 300 nationaux, s’est soldée, cette année, par un premier bilan mitigé selon l’avis des éditeurs, recueilli à la clôture.

Il est à noter que le Sila reste l’un des principaux indicateurs de l’état du marché de l’édition, un secteur aux contours encore flous en l’absence de véritables sondages ou d’études approfondies. Durant une dizaine de jours, les maisons d’édition ont œuvré à promouvoir leurs publications auprès du grand public, soit en organisant des ventes-dédicaces, soit en proposant des promotions plus ou moins importantes. Le premier constat auprès de plusieurs professionnels du livre, éditeurs ou importateurs, représentants de maisons d’édition étrangères et nationales, montre déjà un léger fléchissement des ventes par rapport à l’édition 2017, bien que ce sentiment ne soit pas partagé par l’ensemble des professionnels interrogés.
A cet effet, la directrice des Editions Barzakh, Selma Hellal, nous précise qu’au niveau des ventes enregistrées cette année, «nous avons le sentiment que la crise se confirme depuis ces trois dernières années. Le pouvoir d’achat a baissé et les gens achètent moins de livres». Indiquant, par ailleurs, que les prix des livres n’ont pas changé. «On considère qu’un ouvrage à 800 DA en moyenne est un tarif raisonnable. Mais, je pense que les lecteurs ont révisé leurs priorités. En fait, le public se dirige plus vers le parascolaire, peut-être que les parents considèrent que c’est la priorité.» Opinion partagée par son confrère Salim Baâli, importateur de livres et représentant en Algérie de plusieurs maisons d’édition étrangères, dont «J’ai Lu», «Casterman» ou «Flammarion». Il nous précise ainsi : «Je dirais que cette édition a assez bien marché. Mais, d’un autre côté, l’on constate que les ventes baissent d’année en année. C’est pour cela que nous n’avons pas exposé énormément de livres.» Le responsable du stand estime la baisse de cette année à 10% environ par rapport à 2017. Ajoutant que «les prix ne sont pas plus chers que l’année dernière. Mais il apparaît que les gens ont plus de difficultés à acheter. Et du moment que le livre n’est pas une priorité, beaucoup font le choix de renoncer ou de reporter leurs achats». Quant au directeur des éditions Frantz-Fanon, Amar Ingrachen, il soulignera au contraire que «c’est notre troisième participation au Salon et on enregistre une nette évolution. Le bilan est positif. Mais il est vrai que notre catalogue a aussi évolué, nous avons eu plus de vingt nouveaux titres cette année». 

Un public toujours  au rendez-vous
Les éditeurs saluent, par ailleurs, la fidélité du public du Salon international du livre d’Alger, un lectorat qui paraît particulièrement au courant du travail des auteurs. Selma Hellal explique à ce sujet : «Ce que nous avons constaté en premier lieu c’est la fidélité et l’incroyable loyauté du public. Il est chaque année au rendez-vous et se révèle toujours au fait des publications, de la sortie de nouveaux titres et du travail des auteurs.» Elle ajoutera que les ouvrages les plus demandés au stand Barzakh sont ceux de Kamel Daoud, Maïssa Bey, ou encore, le très attendu ouvrage de Saphia Arezki sur «la construction de l’ANP (Armée nationale populaire)».  «Le traitement du sujet est tellement novateur, sans parti pris, en analysant des trajectoires d’officiers, qu’il a intéressé un large lectorat. Je pense même que cet ouvrage sera une réussite bien au-delà du Salon», explique ainsi l’éditrice. Le public du Sila a, par ailleurs, été attiré par les promotions proposées par certains éditeurs. «Nous avons fait des remises, allant de 20% à 50%, pour les titres publiés en 2015 et 2016. Mais, ceux des deux dernières années se sont également bien vendus. Je crois que le public nous connaît maintenant et nous essayons d’être présents tout au long de l’année. Le public nous fait confiance et fait confiance à la ligne de la maison d’édition même quand on publie un auteur peu connu», nous dira le directeur de la maison Frantz-Fanon. Il apparaît également que les «meilleures ventes» à l’étranger le sont également en Algérie, souligne Salim Baâli, qui signale que les ouvrages de Paulo Coelho, Guillaume Musso ont été très demandés. Il précise aussi à ce sujet : «On constate que les  best-sellers à l’étranger le sont aussi chez nous. Le public achète en priorité des romans, surtout en format poche. Puis des bandes dessinées.»