Par : Nadir Kadi
Près de deux ans après l’apparition, en Chine, des premiers cas de Covid-19, le nombre total de décès causés par la maladie serait aujourd’hui de 5 millions. Un chiffre qui pourrait être «deux à trois fois plus élevé», prévient l’OMS, qui rappelle que ses bilans sont établis sur les déclarations des autorités médicales de chaque pays. En ce sens, une estimation récente de la revue The Economist, chiffrait pour sa part le nombre de morts en lien avec la Covid à près de «17 millions de décès». Un bilan dramatique, mais qui convient toutefois de mettre en perspective avec le «record» de la grippe dite «espagnole» de 1918-1919, le virus respiratoire alors inédit, avait à lui seul causé entre 50 et 100 millions de morts dans le monde.
Mortalité comparativement plus réduite de la Covid, qui serait en partie due aux mesures sanitaires, l’épidémiologiste et membre de l’Institut Pasteur, Arnaud Fontanet, expliquait en ce sens, hier dans une dépêche de l’AFP, que la pandémie actuelle de Covid-19 aurait pu être plus grave «sans les mesures prises, d’abord par la restriction de la circulation des personnes puis la vaccination». Quant aux avis et déclarations des scientifiques concernant les perspectives de la Covid-19 dans les mois et années à venir, ils restent globalement marqués d’incertitudes ; ainsi, le Pr Fontanet ajoute que la suite des événements variera selon le niveau de vaccination des pays et l’efficacité des vaccins qu’ils utilisent. L’objectif pour les autorités sanitaires dans le monde étant en substance «d’immuniser» la population grâce à la vaccination, ou à défaut par la diffusion du virus : «On est sans doute à quelques mois d’un moment où il y aura un matelas partout. Ce qui est difficile à dire, c’est s’il sera suffisamment épais (…) Ce virus va continuer de circuler. Ce qu’on vise aujourd’hui, ce n’est plus son élimination mais une protection contre les formes graves».
Et dans cette logique, tout en rappelant que l’immunité globale d’une population se construit par «couches», à savoir celle qu’apporte la vaccination et celle qu’apportent les infections naturelles, le même spécialiste souligne que les pays qui ont enregistré une forte circulation du virus et qui ont réussi leurs campagnes de vaccination pourraient progressivement voir le virus se transformer en épidémies saisonnières impactant plus particulièrement les non vaccinés : «Pour les pays industrialisés, je pense qu’on va vers des épidémies saisonnières de Covid, qui seront peut-être un peu plus sévères que les épidémies de grippe, les premières années, avant de rentrer dans le rang.» Et paradoxalement, ce seraient les pays qui ont suivi la stratégie dite «zéro Covid», longtemps défendue par certains médecins, qui feraient face aujourd’hui à des perspectives plus difficiles. Ainsi des pays comme l’Australie et la Nouvelle-Zélande où la circulation du virus a été largement limitée grâce à des «mesures sanitaires», particulièrement drastiques, sont contraints aujourd’hui de lancer des «courses à la vaccination» pour compenser le manque d’immunité naturelle de la population.
Par ailleurs, il est à rappeler que la Covid-19 n’est, malheureusement, qu’une des nombreuses maladies qui tuent plusieurs centaines de milliers de personnes par an.
La grippe, à elle seule, serait responsable au niveau mondial de «5 millions de cas graves, et 290 000 à 650 000 décès», selon l’OMS. Quant aux autres virus à «forte» circulation, les chiffres de l’OMS rappellent que le VIH-sida, a causé depuis son apparition il y a 40 ans plus de 36 millions de morts. Le pic de la maladie contre laquelle il n’existe toujours pas de vaccin efficace avait été atteint, en 2004, avec 1,7 million de morts recensés. La diffusion des thérapies anti-rétrovirales aurait toutefois réduit la mortalité, le bilan en 2020 a été de 680 000 morts, selon l’Onusida. <