Le tissu associatif algérien devrait connaître des changements à l’avenir. Si la question d’une nouvelle loi est envisagée pour modifier celle de 2012 (entrée en vigueur en 2014), un amendement qui reste donc au stage de projet, on sait, en revanche, que le gouvernement va établir une liste des associatifs ayant un statut d’«utilité publique».
Lors du Conseil des ministres, dimanche dernier, le chef de l’Etat a, en effet, ordonné l’élaboration d’une liste nominative des associations éligibles à ce statut. Il s’agira, a-t-il expliqué, d’une «reconnaissance à leurs contributions pour la société au niveau national». M. Tebboune a également précisé que l’intérêt sera «particulièrement» porté aux collectifs «ayant joué un rôle important durant la crise sanitaire en termes de collecte et de distribution des dons en faveur des citoyens lésés».
Ce qui permettra à ces collectifs de bénéficier d’un soutien financier de l’Etat et de renforcer leurs moyens d’intervention.
L’annonce du président de la République lors du Conseil des ministres d’accorder à d’autres associations un statut jusque-là réservé au Croissant-Rouge algérien (CRA) et aux Scouts musulmans algériens (SMA) intervient après sa décision de conférer à l’association «Iqra», engagée contre l’analphabétisme, le statut d’association d’utilité publique. Et de décerner à titre posthume à sa présidente défunte, Aicha Barki, la médaille de l’ordre du mérite national au rang de «Achir».
Globalement, elle confirme le caractère émergent des associations qui, pour certaines, se sont distinguées par leur apport depuis l’apparition du nouveau coronavirus et le début de la crise sanitaire dans le pays. Les plus actives sur le terrain vont devoir ne plus souffrir de la marginalisation dans laquelle elle se trouvait et tirer un trait sur des années de relation souvent suspicieuse, voire conflictuelle, avec les autorités au sein des collectivités locales.
En effet, lorsqu’une association est reconnue d’utilité publique, sa crédibilité vis-à-vis des autorités centrales et locales s’en trouve largement renforcée.
Elle bénéficie de la reconnaissance et du soutien de l’Etat et bénéficie en quelque sorte d’un «label» de qualité lui permettant d’avoir accès plus facilement par exemple aux dons et aux aides des entreprises.
Des questions restent néanmoins posées sur les conditions d’obtention du statut d’association d’utilité publique même si l’on sait que le critère est d’agir pour l’intérêt général, lequel critère cependant concerne des domaines aussi différents que l’environnement, l’éducation ou la défense des droits des femmes : des secteurs où les sensibilités politiques sont prégnantes.
Dans un contexte où l’autonomisation du champ associatif est sujette à débat, voire à polémique, ce type d’interrogation procède de l’évidence, même si le signal politique, lui, reste malgré tout celui d’un grand coup de pouce à la société civile.<