Dans le cadre des décisions de confiscation des biens, prononcées par la justice à l’encontre des hommes d’affaires et de hauts responsables du pays, condamnés définitivement dans les multiples affaires de corruption, dix entreprises reprises par l’Etat vont reprendre leurs activités avant la fin de l’année.

Par Feriel Nourine
C’est le ministre de l’Industrie, Ahmed Zeghdar, qui a fait part de cette opération, jeudi, lors d’une plénière au Conseil de la Nation consacrée aux questions orales. Ces entreprises passeront donc sous le giron du secteur public et s’ajouteront aux 15 autres, dont la relance a été également annoncée par le même ministre, le 26 mai dernier, suite à l’adoption de plans nationaux de redressement approuvés par le Conseil de participation de l’Etat.
Le ministère de l’Industrie compte un total de 51 entreprises et unités publiques industrielles à l’arrêt. «Un travail est en cours pour lever les obstacles qui entravent leur relance», a encore répété M. Zeghdar. Parmi ces entreprises, 10 confisquées par la justice et susceptibles à la remise en marche, il a été interrogé sur le projet de la cimenterie d’Aïn El Ibel, dans la wilaya de Djelfa, conclu entre le groupe ETRHB et un partenaire chinois, à l’arrêt suite à la confiscation de la part (51 %) du groupe Haddad. Un travail est en cours pour la relance de ce projet en vue de le programmer pour examen au niveau du Conseil des participations de l’Etat (CPE) dans le cadre de la prise en charge des entreprises à l’arrêt faisant l’objet de confiscation par décisions de justice, a expliqué l’intervenant devant les sénateurs.
L’annonce de la reprise par l’Etat d’entreprises confisquées et leur transfert au secteur public avait été faite en décembre dernier par le directeur général du secteur commercial au ministère de l’Industrie, Bendif El Houssein. Plusieurs oligarques sont concernés par cette mesure, dont Ali Haddad, les frères Kouninef, Mahieddine Tahkout et Maazouz. Ils avaient amassé d’énormes fortunes de manière illicite sous l’ère du président déchu, Abdelaziz Bouteflika.
Concernant le groupe KouGC (Kouninef), M. Bendif a rappelé le cas de l’usine d’huile Cogral (corps gras), filiale de l’Entreprise nationale des corps gras, située au port d’Alger, que les frères oligarques avaient pu récupérer à leur compte, il y a 13 ans, mais qui est retournée récemment dans le giron étatique par la porte du groupe industriel public Agrodiv, né de la restructuration du secteur public marchand en février 2015. Cette usine couvrira 40 % des besoins du marché national en huile de table et 70 % en aliments de bétail, avaient fait savoir ses responsables.
Concernant les nombreux biens saisis au groupe Tahkout, M. Bendif a cité l’entreprise de transport des étudiants qui sera «bientôt transférée au ministère des Transports», a-t-il fait savoir. Toutes les entreprises saisies dans le cadre des scandales de corruption «vont passer par ce processus et seront réactivées», avait insisté la même source. Si la relance des dix entreprises confisquées venait à être réellement effectuée, tel que déclaré par le ministre du secteur au Conseil de la Nation, ce serait sans doute la fin du calvaire pour des milliers de travailleurs qui ont perdu leur emploi depuis l’entame des fermetures des usines appartenant aux patrons incarcérés, alors qu’une minorité parmi ces travailleurs continue d’exercer dans des conditions d’incertitude et d’absence totale de visibilité sur son avenir socioprofessionnel.

Groupes publics : un chiffre d’affaires en hausse
Ahmed Zeghdar s’est, par ailleurs, réjoui des performances enregistrées par les groupes industriels publics durant le premier trimestre de l’année en cours. Elle a été, durant cette période, «remarquable», a-t-il noté, précisant que ces groupes ont pu augmenter de 18% leur chiffre d’affaires par rapport à la même période de 2021. Le ministre a mis en avant cette évolution positive en guise de résultat découlant du travail effectué au niveau de la gouvernance des groupes industriels publics. A ce propos, «il est procédé à la tenue de rencontres de travail et de concertation avec tous les groupes et holdings en vue d’élaborer une feuille de route pour promouvoir leur performance et améliorer celle de leurs auditeurs, en sus de mettre en place des mécanismes garantissant le strict respect des orientations qui leur sont adressées», a-t-il indiqué, ajoutant que le secteur «est parvenu à conclure des contrats de performance en adéquation avec les spécificités de chaque groupe». Le tissu économique national comprend 1,3 million de grandes, moyennes et petites entreprises dont 85 % relevant du secteur privé, «d’où l’importance des particuliers dans le développement économique en tant que partenaires essentiels du secteur public», a de nouveau soutenu Ahmed Zeghdar. n