Pour sa première tournée au Moyen-Orient, Joe Biden fera certainement du dossier énergétique l’un des moments forts de la visite qu’il doit effectuer, demain, en Arabie saoudite. Chez le premier exportateur mondial de pétrole, le président américain va sans aucun doute poursuivre ses efforts pour obtenir plus de pétrole dans l’offre saoudienne, mais aussi chez d’autres membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) dont Ryad est le chef de file.

Il ne s’agit, en fait, que d’une nouvelle étape de l’opération pressions exercées continuellement par la Maison Blanche sur les pays producteurs d’or noir pour obtenir des prix bas. Mais depuis l’arrivée de la pandémie de convid-19, c’est à un nouveau contexte que les Etats-Unis font face, à travers l’accord de réduction de la production mise en place, en 2020, par l’Opep+ qui compte les 13 pays de l’Opep et 10 partenaires non-membres dont la Russie dans le statut de chef de file.
La tâche est devenue encore plus rude pour Washington depuis l’entame de la guerre en Ukraine et les fortes perturbations que connaît le marché de pétrole. Les tentatives américaines et d’autres pays consommateurs d’obtenir plus d’or noir chez l’alliance se sont avérés vaines, alors que les sanctions prises contre le secteur énergétique russe s’avèrent à ce jour sans grande portée sur l’économie de ce pays.
Les tentatives d’impliquer l’Opep dans les efforts américano-européens, en poussant les poids lourds du cartel à puiser dans leurs capacités de production, se sont heurtées à un niet renouvelé de la part de ces derniers, à commencer par l’Arabie saoudite et les Emirats arabes Unis qui ont, à plusieurs reprises clairement manifesté leur indisponibilité à agir dans ce sens, soulignant que leur démarche était inscrite dans une stratégie globale portée, justement, par l’Opep+.
Ce qui n’empêche pas Joe Biden de revenir à la charge en terre saoudienne, en tentant de saisir l’opportunité d’un face à face avec le prince héritier Mohammed ben Salmane pour faire changer la donne. De plus, le président américain pourra peut-être aborder le sujet du pétrole en l’intégrant dans les négociations globales qu’il aura avec MBS et dont l’enjeu politico-stratégique pourrait être primordial dans la région, et même dans le monde, pour le Royaume.
Une mission qui semble néanmoins très difficile à mener et, surtout, à couronner de succès. Ceci d’autant que pousser l’Arabie saoudite à ouvrir d’avantage ses vannes, c’est pousser le premier exportateur à agir à contresens d’un accord Opep+ dont Ryad est l’artisan principal aux côtés de la Russie.
Certes, cet accord arrive à son termes en août, mais aucun signe n’est encore venu manifester la disponibilité de l’Opep+ à revenir à sa production d’avant la pandémie, l’alliance s’étant contentée d’augmenter son supplément mensuel à 648 000 barils par jour pour juillet et août, sans rien avancer de la démarche qu’elle adoptera en septembre.
Concernant la réponse qu’il pourrait avoir de l’Arabie saoudite, Joe Biden a déjà eu un avant-goût il y a quelques jours, lors du sommet du G7. En marge des négociations portant sur le plafonnement des prix du pétrole russe, son homologue français, Emmanuel Macron, a déclaré avoir été informé par le président des Emirats arabes unis, Cheikh Mohamed bin Zayed al Nahyan (Mbz), que son pays et l’Arabie saoudite pouvaient à peine augmenter leur production de pétrole. «J’ai eu un entretien téléphonique avec MbZ. Il m’a dit deux choses. Je suis au maximum, maximum (des capacités de production). C’est ce qu’il affirme. Et ensuite il a dit que les Saoudiens pouvaient augmenter de 150 (mille barils par jour). Peut-être un peu plus mais ils n’ont pas d’énormes capacités», a dit Macron au président américain, Joe Biden, cité par la presse française.
A travers les pressions exercées sur l’Opep c’est aussi la cohésion de l’Opep+ qui est visée, avec l’objectif de casser la dynamique qui anime le groupe et qui s’est avérée fort bénéfique pour les pays producteurs dont en premier lieu les pays qui composent l’alliance. Casser cette cohésion équivaut à une mise à l’écart du géant russe.
Or, sur ce registre aussi, les ténors de l’Opep se sont déjà exprimés en affichant une position qui exclut toute augmentation de l’offre, mettant l’accent de l’alliance dans la stabilité du marché et de sa cohésion qu’il fallait préserver. En avril dernier, le ministre émirati de l’Energie, Suhail al-Mazrouei, avait affirmé que les pays du Golfe étaient décidés à ne pas laisser «la politique» miner l’organisation.
«A moins que quelqu’un ne soit prêt à fournir 10 millions de barils par jour, on ne peut pas remplacer les Russes» sur le marché, avait-il poursuivi. Dans le même élan de cohésion, le ministre saoudien de l’Énergie, Abdulaziz ben Salmane, avait, lui aussi, réitéré son attachement à l’Opep+, arguant que si l’accord «n’existait pas, nous ne pourrions pas avoir de stabilité sur le marché de l’énergie» et «la volatilité des prix serait encore pire».