Une bibliothèque publique, c’est une structure, des salles de lecture, des rayonnages, des spectacles, des adhérents, du personnel et beaucoup d’efforts pour maintenir en vie ce qui existe déjà. C’est un peu la bibliothèque publique de lecture Mustapha-Nettour, un peu, mais pas beaucoup, car…

Cette structure culturelle, érigée à l’occasion de l’évènement « Constantine, capitale arabe de la culture » en 2015, n’a ouvert ses portes qu’en 2017 et ne les a plus fermées. Ce qui rend cette bibliothèque spéciale, c’est sa situation géographique exceptionnelle, et par chance ou malchance, chacun appréciera : un site archéologique datant de l’époque romaine fut découvert lors de sa construction. Les travaux furent stoppés et on a cru un instant que la bibliothèque était morte avant d’exister. Mais pour une fois, les décideurs ont eu la présence d’esprit de continuer les travaux de la bibliothèque, tout en préservant le site archéologique en l’état, et qui deviendra un espace vert jalonné de pierres et d’histoire. Un atout … touristique pour la bibliothèque qui n’était pas tombé du ciel, mais qui est sorti de terre ! La bibliothèque Nettour, comme signalé plus haut, est au centre de tout ce qui attire le visiteur à Constantine. Elle se prélasse dans les bras des ponts Salah Bey, Sidi Rached, Mellah Slimane, Bab El Kantara et, plus haut, le pont Sidi M’cid. La vue panoramique fait partie, dorénavant, des particularités de la structure culturelle. En découvrant une œuvre livresque, le lecteur pourra se laisser planer au-dessus du Rhumel concurrençant un instant les corbeaux, maîtres de céans. Revenons sur terre, ou plus exactement dans le hall de la bibliothèque pour savourer une architecture moderne où le verre et le marbre s’imposent majestueusement sur une surface de
3 000 m². Dans les deux salles de lecture de 200 m2 chacune, les amoureux de littérature où apprenants pourront consulter à loisir les quelque 40 000 ouvrages proposés.

Bibliothèque touristique
Il y a aussi le petit bijou qu’est le sous-sol, réservé uniquement aux enfants, il donne directement sur les vestiges romains ou numides qui deviennent une salle de lecture en plein air par météo clémente, une salle pour le digital et un amphithéâtre de 200 places, en plus d’un intervalle administratif, et le must, une salle pour les chercheurs en tous genres. Tout cet arsenal culturel et architectural est géré par Mme Wafia Derouaz, « une fille de la culture », que vous rencontrerez à loisir dans le hall de l’ouvrage, tant elle tient à être au milieu de la « mêlée » des centaines de personnes, adhérents ou visiteurs d’une journée. « Je tiens à ce que le cachet culturel persiste et que le côté administratif et dogmatique passe au second plan. Le personnel et moi faisons tout pour que chacun se sente à l’aise et que le visiteur d’une après-midi revienne et nous assure d’une présence régulière », nous dira Madame la directrice. C’est vrai que l’on ne manquera pas de revenir sur place, ayant constaté une disponibilité sans faille d’un personnel trié sur le volet, des lieux immaculés, une diversité remarquable des ouvrages et livres proposés dans cinq langues et une chance de croiser une pointure culturelle, comme il nous a été donné de le faire avec l’artiste enseignant au conservatoire et chercheur, Malik Merouani, et l’auteur de plus de trente ouvrages, Abdallah Hammadi. « A travers des rencontres qui font partie d’un vaste programme culturel, nous tenons à rapprocher les écrivains, cinéastes, chercheurs et musiciens et les jeunes qui fréquentent la bibliothèque et ce à travers les dizaines de projections cinématographiques, de ventes-dédicaces, de débats ou simplement de rencontres sur le sujet de l’heure », nous dira encore Mme Derouaz.
La bibliothèque Mustapha-Nettour, du nom de notre défunt confrère du quotidien An Nasr et directeur de la culture dans plusieurs wilayas, s’impose déjà comme une grande malgré sa juvénilité encore perceptible. Elle attire, elle ensorcèle, elle qui a été conçue au milieu des sites et des mythes de l’antique Cirta ou de la moderne Constantine. La preuve ? Plusieurs « offrandes » consistant en des dizaines de livres ont été offerts à la bibliothèque par des particuliers, un gage de soumission et de sujétion à la culture, et c’est tant mieux pour les… disciples de la bibliothèque au bord du Rhumel.n