Une nouvelle étude, à laquelle participent Sid Ahmed Ferroukhi, le CREAD d’Alger et Boualem Aliouat, de l’université de Nice-Sophia Antipolis, jette la lumière sur les problèmes d’alimentation dans les pays méditerranéens.

Cette étude, pilotée par l’Institut de prospective économique en Méditerranée (IPEMED), intitulée « Pour une sécurité et une souveraineté alimentaires durables et partagées », décrit les ravages de la mauvaise hygiène de vie. Selon l’étude, l’impératif prioritaire est de développer l’agriculture et les filières liées pour créer de l’activité économique et des emplois et sortir ainsi des trappes de pauvreté. Défi rural et défi alimentaire sont ainsi étroitement liés. Même si l’écueil de la dépendance externe de la zone Afrique–Moyen-Orient (AME) est désastreux. A ceci s’ajoute un bilan de santé peu reluisant qui se combine à un impact socio-économique négatif majeur « avec la perte de capacité productive non chiffrée de façon précise à ce jour mais qui doit se compter en milliards d’euros ». L’alourdissement continu de la facture alimentaire de la région AME est aussi grave. Ainsi, selon l’International Food Policy Research Institute (Ifpri), le coût de la sous-nutrition serait de l’ordre de 10 % du PIB des pays concernés.
La facture alimentaire extérieure mesurée par les importations s’élevait en moyenne triennale 2011-2013 à 129 milliards de dollars pour la région Afrique du Nord/Moyen-Orient (ANMO), 46 milliards pour l’Afrique subsaharienne, soit 176 milliards pour la macro-région, correspondant à 13 % des importations mondiales de produits agricoles.
Au sein de la grande région « Afrique-Méditerranée-Europe », les balances commerciales agricoles et alimentaires de l’Afrique et du Moyen-Orient sont lourdement déficitaires respectivement – 10 milliards pour l’Afrique subsaharienne, – 29 milliards pour l’Afrique du Nord et – 60 milliards pour le Moyen-Orient (un seul pays est exportateur net dans cette région, la Turquie), soit près de 100 milliards de dollars en négatif pour Afrique et Moyen-Orient, tandis que l’UE des 28 affiche un excédent de 13 milliards.
La dépendance externe de la zone Afrique/Moyen-Orient (ratio import/besoins nationaux) pour les céréales était de 27 % en 2009-2011 avec un maximum de 50 % pour l’Afrique du Nord, suivie du Moyen-Orient (41 %) et de l’Afrique subsaharienne (20 %), ce qui s’explique par la place importante occupée par le blé tendre, le blé dur et l’orge dans les deux premières régions et dans une moindre mesure par le riz dans la dernière. Les exercices de prospective menés par Ipemed montrent que cette dépendance tendancielle ne peut que s’aggraver en l’absence d’une politique macro-régionale volontariste.
Elle a, de plus, des effets pervers de destruction des productions végétales et animales locales. Au total, on voit se dessiner une complémentarité entre un Nord (UE) exportateur net de denrées alimentaires et un Sud (Afrique et Moyen-Orient) lourdement déficitaire.