Le monde du syndicalisme algérien, en général, et de l’UGTA, en particulier, ont commémoré, hier, le 21e anniversaire de l’assassinat de l’ancien secrétaire général de la Centrale syndicale. Abdelhak Benhamouda, assassiné le 28 janvier 1997, reste une figure à part de l’action syndicale dans notre pays.

Cet ancien enseignant constantinois s’y est distingué par son charisme et un militantisme ne faisant aucune concession au gouvernement et aux autorités, pourtant engagé avec eux dans la même tranchée contre le terrorisme islamiste des années 1990. M. Benhamouda, qui était également une personnalité attachante, a incarné durant son époque un syndicalisme de confrontation et engagé avec le pouvoir des bras de fer qu’on imagine difficilement aujourd’hui. Autre temps, autres mœurs. Autres réalités économiques peut-être. Abdelmadjid Sidi-Saïd, qui a été longtemps son adjoint avant de prendre la tête de la Centrale, ne parle plus aujourd’hui que de «syndicalisme de négociation». Celui qui était « l’homme des dossiers » durant la décennie quatre-vingt-dix pousse ce concept jusqu’à ses limites puisqu’il ne craint même pas de s’associer aux côtés des associations patronales, le FCE en particulier. Il va jusqu’à applaudir le « mariage » entre les entreprises privées et les entreprises publiques, terrain de lutte de l’UGTA depuis 1962 jusqu’au début de la décennie 2000. Sa dernière bataille, réussie, date à ce sujet de l’époque où Hamid Temmar proposait la privatisation de toutes les EPE hormis Sonatrach et Sonelgaz. Le plaidoyer récent du numéro 1 actuel de l’UGTA en faveur du partenariat entre les secteurs public et privé constitue un tournant syndical et doctrinal au programme depuis des années. Il est confirmé aujourd’hui pour être soumis à la comparaison avec ce qui se déroule sur le terrain du syndicalisme autonome, particulièrement attentif et dont l’actualité brûlante concerne aujourd’hui le secteur de la santé. Tout sépare actuellement ces syndicalismes par la manière d’occuper le terrain des luttes, l’un préférant l’accompagnement des politiques gouvernementales, l’autre s’installant dans la logique du rapport de forces et ne craignant pas de prendre des risques par rapport à un système de gouvernance qui n’a pas tellement échoué jusqu’ici dans sa démarche d’épuiser avec le temps et l’usure les forces syndicalistes qui réclament leurs droits dans un contexte socioéconomique des plus difficiles, faut-il le rappeler. Il n’en demeure pas moins que l’UGTA, acculée sur de nombreux fronts, demeure aujourd’hui puissante dans des secteurs clés tels celui de l’énergie et de ce qui subsiste de l’industrie lourde, à l’exemple de la sidérurgie. Une situation qui rend la commémoration de la mémoire d’Abdelhak Benhamouda propice à l’analyse et à la prospection : où va la centrale et pour quelles dividendes par rapport à ces choix de négociation plutôt que l’affrontement ? Hier, lors de la célébration de la mémoire combative de M. Benhamouda, Abdelmadjid Sid-Saïd s’est montré sûr de lui et de la politique du secrétariat général qu’il dirige. Il n’a pas semblé inquiet par la montée en puissance des syndicats autonomes et des actions syndicalistes corporatistes. Tout semble indiquer chez lui l’acceptation que des pans entiers du monde socio-économique et du travail échappent à l’UGTA qui n’entend pas lâcher du lest en ce qui concerne sa présumée représentativité dans les « segments lourds » du secteur public, selon l’expression d’un observateur. Derrière le sourire et la jovialité de Sidi-Saïd qu’y a-t-il, cependant ? Ahmed Badaoui, ancien ténor de la centrale et adversaire éternel du numéro 1 de la centrale, affirme que « depuis l’assassinat de Benhamouda, l’UGTA n’est plus que l’ombre d’elle-même ». Selon cet ancien syndicaliste, ce n’est pas la centrale qui accompagne le gouvernement mais «l’inverse plutôt ». Affirmant que « beaucoup de cadres et de militants déçus » ont quitté les rangs. Une aubaine pour les groupes syndicaux autonomes ? « Non », répond M. Badaoui. « Trop de corporatisme tue le syndicalisme. Il faut plus que jamais confédérer les forces actuelles et opter pour deux ou trois organisations qui soient fortes et représentatives », dira-t-il.