Après avoir défendu la stratégie vaccinale adoptée par l’Algérie à l’Assemblée populaire nationale (APN) la semaine dernière, le ministre de la Santé en a fait de même, hier, au Conseil de la nation, comme il est revenu sur les sujets qui fâchent en répondant aux critiques, notamment celles ayant trait au retard pris pour la vaccination.

Des annonces concernant la réception de nouvelles doses de vaccins ont été faites, hier, à l’occasion d’une journée parlementaire sur «la pandémie de Covid-19 et la campagne de vaccination» au Conseil de la nation. La directrice de la pharmacie et des équipements médicaux au ministère de la Santé, Wahiba Hadjoudj, a révélé que l’Algérie devrait acquérir un million de doses de vaccins supplémentaires en plus de celles annoncées précédemment. Dans ce cadre, «un contrat a été signé avec un laboratoire indien fabricant le vaccin d’AstraZeneca pour l’achat d’un million de doses» du vaccin suédo-britannique AstraZeneca-Oxford». En outre, «9 millions de doses seront réceptionnées par l’Algérie au courant d’avril prochain dans le cadre des négociations avec le Centre africain des maladies contagieuses», a-t-elle encore révélé, rappelant que le pays recevra d’autres doses dans le cadre du système Covax, de même que des «négociations sont en cours avec d’autres laboratoires afin de pouvoir garantir une couverture vaccinale à l’ensemble de la population à vacciner».
C’est chiffres, révélés devant la commission de la santé, des affaires sociales et du travail du Conseil de la nation, sonnent comme une réponse aux critiques concernant les doses livrées à l’Algérie jusque-là (100.000 doses) et qui ont été qualifiées de «très minimes». Le ministre de la Santé, Abderrahmane Benbouzid, accompagné d’un staff composé, entre autres, du directeur général de l’Institut Pasteur, de quelques membres du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus et de la directrice de la pharmacie et des équipements médicaux, a défendu la stratégie vaccinale menée par le pays ainsi que tout le travail accompli depuis l’apparition de la pandémie. Il a, par ailleurs rassuré que les quantités de vaccins reçues seront suivies par d’autres laissant Mme Hadjoudj donner les détails. Le quota de vaccins réservé à l’Algérie par Covax au premier trimestre est de 2.880.000 doses, dont 35% estimée entre 700.000 et 800.000 doses seront livrées durant la dernière semaine de février, a-t-elle indiqué. «Le système Covax garantit à l’Algérie, comme à d’autres pays du monde, de bénéficier d’un vaccin sûr et efficace et également à bon prix, puisqu’il s’agit d’une sorte d’achat groupé du vaccin de plusieurs pays», a expliqué le Pr Benbouzid. C’est ainsi qu’il est attendu, à travers le système Covax, que l’Algérie obtienne «une quantité de vaccin équivalente à 20% de la population, ce qui se traduit par une quantité entre 12 millions et 16 millions de doses que le pays va réceptionner durant l’année en cours, étant donné que la vaccination est progressive et prévue sur cette durée», selon Mme Hadjoudj.

Possible acquisition du vaccin Pfizer-BioNTech
Dans le même ordre d’idées, le Pr Benbouzid n’a pas exclu que le pays puisse acquérir le vaccin de Pfizer-BionNTech, étant donné qu’il est porté sur la short liste établie précédemment par le Comité scientifique, de même qu’il «peut nous être proposé par Covax», a-t-il dit. «Nous étudions toutes les opportunités afin de garantir les 50% restant» des doses nécessaires, a assuré Mme Hadjoudj.
Après avoir exposé la stratégie vaccinale ainsi que toute l’organisation autour de la campagne de vaccination, le ministre de la Santé et le staff qui l’a accompagné ont répondu aux nombreuses questions des membres de la Commission santé du Conseil de la nation. A la question d’un sénateur qui lui a demandé s’il était vacciné, le ministre a répondu qu’il ne l’était pas encore, ayant pris «rendez-vous» pour cela. Sa conviction ainsi que celle de bon nombre de ministres, a-t-il dit, est d’aller se faire «vacciner en tant que simple citoyen».
A la question «est-ce que la présente stratégie vaccinale est à même de gagner la confiance de la population ?», le ministre a souligné qu’il est «évident que le citoyen est au cœur de toute stratégie» et estimé que «la majorité a compris cela selon les données sur le terrain et a prouvé qu’elle fait confiance». Pour lui, le «constat est qu’une minorité critique notamment à travers les réseaux sociaux». Il a tenu à rassurer que «les vaccins sont sûrs et efficaces, les populations mondiales se faisant vacciner depuis plus d’un siècle», et «ce qui se dit actuellement sur les antidotes est parfois une bataille que se livrent les fabricants». Il en veut pour preuve que des millions de personnes sont vaccinées contre le coronavirus à travers le monde et que jusqu’à présent il n’y a pas de soucis.
Concernant les critiques sur la vaccination qui a débuté «en retard», le ministre a d’abord tenu à noter que le plan vaccinal «s’étend sur plusieurs mois, voire une année, jusqu’à atteindre l’objectif de la couverture vaccinale totale des catégories ciblées», avant de relever que celle-ci a débuté «en janvier, comme demandé par le président de la République». Il est également revenu sur la démarche adoptée pour le choix du vaccin basé sur les données scientifiques, les négociations ayant débuté en août 2020 avec plusieurs fabricants. «On savait qu’on devait commencer la vaccination au premier trimestre de l’année en cours. Ceci nous a alors permis de signer des mémorandums d’entente et des contrats avec plusieurs parties et l’achat des premières quantités de vaccins, mais aussi de déterminer les quantités à acheter pour toute la campagne de vaccination.

Les médecins libéraux se disent «exclus»
Il convient de noter, par ailleurs, que les médecins du secteur privé ont exprimé leur mécontentement face à ce qu’ils estiment être «une exclusion» de la campagne vaccinale. Ils avaient déploré, il y a quelques jours, par la voix de leur représentant syndical, qu’un «plan particulier» n’ait pas été élaboré spécialement conçu pour eux. Pour sa part, le Dr Mohamed Bekkat Berkani, président du Conseil national de l’Ordre des médecins, avait abondé dans le même sens et s’était étonné que des médecins du secteur privé se soient «inscrits au niveau des centres vaccinaux» comme tout le monde, alors qu’ils sont «partie prenante dans le lutte» contre la pandémie du nouveau coronavirus. Ils sont au total quelques 30 000 médecins libéraux activant au niveau national et continuent, à ce jour, de recevoir les malades et se retrouvent de ce fait «exposés au risque de contamination quotidiennement».