La promesse de la mise sur le marché, dans quelques mois, d’un vaccin contre le nouveau coronavirus suscite beaucoup d’espoir. L’Algérie, à l’instar des autres pays du monde, s’engage, elle aussi, dans la course à l’antidote tant attendu et, selon le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, Abderrhamane Benbouzid, les démarches sont en train d’être entreprises afin que l’Algérie puisse être parmi les premiers pays à l’acquérir dès sa commercialisation.

En attendant, il faut établir les prévisions quant à l’utilisation du futur vaccin. Quelle quantité acheter et quelle population vacciner en priorité ? Auprès de qui achètera-t-on cet anti-Covid-19 et quand ? Ce sont autant de questions auxquelles le professeur Benbouzid a apporté des réponses, hier, lors de son passage sur les ondes de la Radio nationale.
«C’est le Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus (Covid-19) qui est chargé d’établir les prévisions», a-t-il indiqué, révélant que ledit Comité aura «la charge de déterminer, en premier lieu, les quantités de doses de vaccin dont l’Algérie aura besoin». Pour ce faire, il faudra d’abord avoir une idée précise sur le nombre et les catégories de la population qui en ont le plus besoin, donc les plus susceptibles d’être atteintes par le coronavirus. Dans ce sens, le ministre de la Santé a situé le taux approximatif et donné des exemples des catégories qui seront prioritaires pour le vaccin anti-Covid-19.
«Lorsque l’anti-Covid-19 sera disponible et que nous l’aurions acquis, la priorité dans la vaccination devrait être accordée au personnel médical, aux personnes vulnérables, atteintes de maladies chroniques ainsi que les éléments de l’armée, par exemple», a-t-il affirmé, soulignant que «pour l’heure, il est encore trop tôt de parler avec exactitude de l’utilisation du vaccin» et notant que «la vaccination concernera 70% – ou environ 75% – de la population car il est inutile, et c’est connu de par le monde, de vacciner 100% de la population».
«Le Comité scientifique va préparer une étude pour déterminer la quantité nécessaire des doses de vaccin à importer ultérieurement en fonction des données qu’il aura, et déterminera de façon plus détaillée les catégories qui seront prioritaires», selon l’invité de la Radio nationale.
Le ministre de la Santé a, par ailleurs, tenu à préciser que «ne seront vaccinées que les personnes qui le voudront» étant donné que «le vaccin ne sera pas obligatoire et que leur liberté de choix sera respectée», a-t-il encore assuré.
Pour l’acquisition du vaccin, il semble que l’Algérie explorera toutes les voies et possibilités qui s’offrent. Elle pourra l’acquérir auprès des Etats ou des laboratoires de recherches qui ont avancé, selon le Pr Benbouzid. Il a tenu à réitérer que «l’Algérie sera l’un des premiers pays à acquérir le vaccin contre le coronavirus», rappelant que «le président de la République a donné des instructions dans ce sens et demandé d’entamer la prospection au niveau des laboratoires qui ont réalisé des progressions dans leurs recherches sur la production de vaccins afin de l’acquérir dès qu’il sera disponible».
A propos de la disponibilité du vaccin, le ministre a déclaré que celui-ci n’est pas encore prêt et qu’il ne le sera que dans quelques mois, indiquant que «seule la Russie est arrivée à la phase 3» dans le processus de la recherche.

Pfizer et Astra Zeneka ont contacté le Comité scientifique
«D’autres laboratoires ont atteint des stades avancés dans leur recherche, notamment des laboratoires chinois, britanniques, américains et russes, et l’Algérie entretient des relations de coopération et des contacts avec un certain nombre de laboratoires, tels que Pfizer et Astra Zeneca de l’Université d’Oxford, qui ont déjà contacté le ministère de la Santé», a-t-il déclaré, mettant l’accent sur le fait que le pays «suit de très près ce qui se fait en la matière dans le monde».
Le ministre de la Santé a fait savoir qu’une rencontre est programmée pour la semaine prochaine avec les ambassadeurs de Chine, de Russie, des Etats-Unis et de Grande-Bretagne pour discuter du sujet du vaccin. Il a, également, assuré que «le choix du vaccin se fera sur la base du dossier scientifique, mais à condition qu’il ait été utilisé dans le pays du laboratoire fournisseur et que son efficacité ait été prouvée dans ce même pays». De même qu’«aucun Algérien ne sera vacciné avant qu’on se soit assuré que le vaccin est efficace et ne présente aucun risque sur sa santé», a-t-il encore assuré.
Tout en notant que «la recherche dans ce domaine progresse de manière significative», le Pr Benbouzid a, toutefois, tempéré en déclarant qu’il faut «patienter pour avoir les résultats finaux et s’assurer de l’efficacité du vaccin». Il a tenu à rassurer qu’il n’y avait «pas de problème sur le plan financier, l’Algérie étant prête à l’achat comme l’a déjà assuré le président de la République».
Ainsi, étant donné que la mise sur le marché de l’anti-Covid-19 reste encore approximative, la seule solution qui s’offre à tout le monde actuellement pour lutter contre cette pandémie reste, selon le Pr Benbouzid, de coexister avec le virus en respectant les mesures de prévention qui sont connus de tous, à savoir le port du masque et la distanciation physique.

L’OMS met en garde contre les «faux espoirs» et appelle au respect des mesures de prévention
Au moment où la course aux vaccins fait rage entre les grands laboratoires pharmaceutiques, le Directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a mis en garde hier lundi contre les «faux espoirs» que cela pourrait susciter dans le monde : «Il n’y a pas de panacée et il n’y en aura peut-être jamais.» Le premier responsable de l’OMS, qui intervenait lors d’une conférence de presse en ligne, rappelle ainsi que les recherches actuelles sont encore au stade du test et n’avaient pas encore prouvé leur efficacité. «Les essais cliniques nous donnent de l’espoir. Cela ne veut pas nécessairement dire que nous aurons un vaccin.» La solution pragmatique reste pour l’heure de continuer à respecter les gestes barrières. Ce nouveau coronavirus, estime Tedros Adhanom Ghebreyesus, peut aussi être maîtrisé à force de «bonnes pratiques» et «d’engagement politique». Le comité d’urgence de l’OMS qui s’est réuni vendredi a été très clair : «Quand les dirigeants travaillent de façon très étroite avec les populations, cette maladie peut être maîtrisée.»
L’Organisation mondiale de la santé continue ainsi à préconiser les solutions éprouvées dans le monde, «il faut contenir les flambées (…) tester, isoler et traiter les patients, rechercher et mettre en quarantaine leurs contacts» mais aussi «informer» sur les gestes barrières, a ainsi exhorté son responsable. Le message aux populations et aux gouvernements, ajoute Tedros Adhanom Ghebreyesus, est «faites tout cela et continuez quand c’est sous contrôle ! (…) plusieurs pays qui semblaient avoir passé le plus dur connaissent de nouvelles flambées». En effet, le bilan des victimes de la Covid-19, qui continue de s’alourdir, enregistrait hier près de 690 000 morts, avec plus de 18 millions de cas officiellement comptabilisés, dont 10,5 millions considérés comme guéris. L’origine exacte de la pandémie reste toujours indéterminée, l’OMS a en ce sens annoncé lundi que la mission dépêchée le 10 juillet dernier en Chine, pour la préparation d’une enquête de terrain, avait «achevé le travail préparatoire». «L’équipe avancée de l’OMS qui s’est rendue en Chine a maintenant achevé sa mission, consistant à jeter les bases d’efforts conjoints pour identifier les origines du virus».
La prochaine étape, ajoute le directeur de l’OMS, verra le lancement d’une étude épidémiologique à Wuhan «pour identifier la source potentielle d’infection des premiers cas». Plusieurs théories existent quant à l’origine du virus ; des chercheurs estiment notamment que le nouveau coronavirus Sars-CoV-2 serait né chez la chauve-souris, d’autres scientifiques pensent encore qu’il serait passé par une autre espèce avant de se transmettre à l’homme. n