Par Lyes Sakhi et Milina Kouaci
Jeudi, 25 février, le syndicat national des pharmaciens d’officine, le SNAPO, a annoncé mettre fin à la «grève blanche» de ses adhérents. Cette annonce est intervenue après une rencontre, le jour-même, entre des membres du bureau national du syndicat et le ministre de l’Industrie pharmaceutique, Lotfi Benbahmed. Cette séance du jeudi a, pour ainsi dire, annulé le communiqué sévère que le ministère a publié le dimanche d’avant, 21 février, à travers lequel il avait appelé à se «démarquer des manipulateurs d’opinion et des actions visant à fragiliser la disponibilité des médicaments».
Pour de nombreux observateurs du marché de la pharmacie dans notre pays, cette réunion d’annonce de fin de la grève des pharmaciens d’officine montre «la grande utilité d’un département qui ne s’occupe que du médicament» et n’a d’autres missions que de «régler les problèmes du marché» quand il ne s’agit pas de querelles professionnelles anciennes, allusion aux relations semble-t-il difficiles qu’avait le SNAPO avec le ministre Benbahmed quand celui-ci était encore président du Conseil national de l’ordre des pharmaciens, le CNOP.
Dimanche, 21 février, dans un communiqué signé par son président Abdelkrim Touahria, ce Conseil a d’ailleurs «fermement» condamné la «grève blanche» des pharmaciens du SNAPO. Le CNOP, lisait-on dans son communiqué, «condamne sans réserve les agissements et déclarations du SNAPO qui à défaut de propositions constructives pour améliorer la situation de notre profession et la préservation de la santé de nos concitoyens, s’isole de l’ensemble de la profession et verse dans des polémiques diffamatoires». Dans une déclaration écrite distincte, l’Association algérienne des distributeurs pharmaceutiques, l’ADPHA, avait, pour sa part, estimé préférable «de faire prévaloir le dialogue et la recherche de solutions constructives, impliquant producteurs, distributeurs et pharmaciens d’officines en concertation étroite avec les autorités publiques compétentes».
Et «c’est ce qui a été fait !», considère un des observateurs sollicités par Reporters, rappelant que depuis la création en janvier 2020 du ministère de l’Industrie pharmaceutique et la nomination à sa tête de Lotfi Benbahmed, un «pharmacien», un «vrai travail de déminage» a été effectué. Les nombreux chantiers lancés sous les auspices du ministre «ont rendu le champ industriel pharmaceutique plus lisible», affirme-t-il. Non sans heurts.
Dès le début de son mandat, M. Benbahmed, seul pharmacien à figurer dans un gouvernement depuis 1962 après les présidents Ferhat Abbas et Benyoucef Benkhedda au temps du GPRA, a restreint la liste des médicaments importés, pour faire de la production locale une priorité que l’UNOP a rappelée, mardi 16 Février, à l’occasion de la joute écrite qui l’a opposée au Conseil de la concurrence après sa publication d’une étude réalisée par des experts de l’Union européenne (UE) entre 2015 et 2019. Dans un communiqué, l’Union avait réagi à cette étude selon laquelle les règles de la concurrence n’étaient pas respectées, en soutenant que les restrictions appliquées aux importations de médicaments ont permis au marché algérien d’échapper à l’emprise des grands laboratoires pharmaceutiques multinationaux et d’aménager un réel espace de concurrence interne par la fabrication nationale.
«Ce sont ces restrictions qui ont permis (…) d’aménager un réel espace de concurrence interne par la fabrication nationale, avec à la clef près d’une centaine de producteurs, des milliers de techniciens locaux compétents qui maitrisent de mieux en mieux le savoir-faire et les technologies pharmaceutiques et, surtout, des prix du médicament parmi les plus bas de la région», a répondu l’Union, rappelant dans le sillage le travail d’encadrement réglementaire et juridique réalisé par le ministère de l’industrie pharmaceutique pour organiser le secteur et le faire mieux travailler. En effet, 320 médicaments fabriqués en Algérie- et en attente d’enregistrement depuis plusieurs années au niveau de l’Agence nationale des produits pharmaceutiques (ANPP)- ont été commercialisés en 2020. Les mesures de signature des quittances de paiement des droits d’enregistrement entre autres ont été simplifiées, ce qui a permis, rappelle notre observateur, d’amener le délai de délivrance de ces documents à 48 h au lieu de 12 à 18 mois précédemment. Une collaboration est aujourd’hui établie avec l’Institut national de l’informatique (INI) pour la numérisation des mesures de délivrance des programmes d’importation, d’enregistrement et de validation sans compter le suivi et le contrôle des stocks de médicaments. Pour assurer la disponibilité du produit pharmaceutique, Lotfi Benbahmed a fait état du lancement de 40 projets durant la période 2020/2022, dont quatre pour la production de médicaments anticancéreux, un projet pour les injections, quatre autres dans le domaine des produits biotechnologiques et deux pour la production de l’insuline de génération grâce à deux partenariats avec des multinationales, dont un implique le groupe public Saidal. Au-delà de cette autonomie de production, qui concernera dans quelques mois la fabrication du vaccin russe anticovid, le Spoutnik V, l’Algérie pourra exporter l’insuline et réaliser une économie de 400 millions de dollars sur sa facture d’importation. «On deviendrait ainsi la seule plateforme avec deux unités de production d’insuline de dernière génération en full process en Afrique», a-t-il prévu dans une déclaration aux médias, ajoutant que Saidal pourra également produire un médicament prescrit pour les insuffisances thyroïdiennes «le Levothyrox» dont une partie de la production sera destinée vers l’Europe.
En ce qui concerne le dossier qui préoccupé l’opinion, le ministre a installé récemment l’Observatoire national de veille sur la disponibilité des produits pharmaceutiques. Cet organisme doit permettre d’assurer la disponibilité des médicaments essentiels, en associant l’ensemble des acteurs du secteur dont les prescripteurs en amont de la chaine. «Il s’agit de lutter efficacement à travers cette opération contre les ruptures de produits pharmaceutiques», a-t-il expliqué. Ce sera sans doute le segment d’activité sur lequel il sera le plus suivi, en raison de sa relation directe avec les patients.