Même les étrangers sont fascinés par ce que Djamel Belmadi, sélectionneur de l’équipe nationale, a pu réaliser. Le sacre retentissant signé avec les Fennecs lors de la Coupe d’Afrique des nations 2019 était au cœur de l’entretien que le driver de l’EN a accordé au quotidien français « L’Equipe ». Comment a-t-il ressuscité un groupe en perdition ? L’éventuelle rencontre Algérie – France en amical et pleins d’autres points ont été abordés. Extraits.

Une arrivée en pompier, une rédemption express et un couronnement inouï mais certainement pas dû au hasard, tout avait basculé à Lomé, un certain 18 novembre quand les Verts étaient partis s’imposer 4 buts à 1 face aux coéquipiers d’Emmanuel Adebayor. C’était dans le cadre de la 5e journée des éliminatoires de la CAN-2019.
A l’occasion de ce duel face aux « Eperviers », Belmadi avait fait des choix forts. Six des onze joueurs alignés d’entrée étaient estampillés « locaux » parce qu’ils avaient débuté leurs carrières en Algérie. Le premier responsable de la barre technique d’ « El-Khadra » s’en souvient : « Ça fait trois ans qu’on n’a pas gagné loin de nos terres. Je récupère une équipe en plein doute. Je dis aux joueurs qu’on va aller en Égypte pour gagner la CAN. Mais comment, si on n’est pas capables de le réussir au Togo ? Et là, on sort une grosse perf. Ça bascule. Je mets en place le 4-3-3 avec une sentinelle, je mets des (Youcef) Belaïli, (Djamel) Benlamri… (Riyad) Mahrez prend le brassard.»

« On a senti du contrôle »
Avec le « Citizen », le successeur de Rabah Madjer a joué la carte de responsabilisation : « on a une grosse discussion avant ce match. Je le mets devant ses responsabilités car j’ai envie de le voir réussir en sélection, il a un tel talent… Il met deux buts. C’est la mise en place d’un collectif avec une philosophie, des valeurs, un état d’esprit. Je sens que tout est possible. On a transporté ça en Égypte avec l’avènement de certains comme (Ismaël) Bennacer, (Baghdad) Bounedjah… Le Togo, c’est ma première référence », relate-t-il. La machine à gagner était lancée.
S’en est suivi le désormais légendaire tournoi égyptien que les camarades d’Islam Slimani ont survolé et remportée en signant 7 succès sans craquer. L’état d’esprit et l’assurance étaient là. Et ça a fait toute la différence. « Il n’y a aucun match tranquille, mais j’ai été convaincu de nos certitudes morales après le quart contre la Côte d’Ivoire, car ça avait été très dur (1-1, 4-3 aux t.a.b.). J’ai vu le groupe un peu débordé par les émotions, un peu d’inquiétude mêlée à la joie. J’ai prévenu : «Mais vous pensez ne faire que des matches comme contre la Guinée (3-0, en 8es de finale) ? Ce n’est pas la Coupe Coca-Cola, la CAN ! Vous devez passer par ces difficultés.» Ce succès nous a servi contre le Nigeria en demies (2-1) avec une première période qui est notre meilleure mi-temps depuis mon arrivée. Mais sur cette CAN où tous les gros étaient là, on a senti du contrôle du début à la fin », indique l’ancien coach d’Al Duhail (Qatar).

La reconnaissance populaire
Forcément, aller chercher un trophée loin des bases, contre toute attente et dans une compétition élargie de 16 à 24 prétendants est un réel exploit. Cette bouffée d’oxygène que la sélection a offerte au peuple Dz dans un contexte politique pesant a marqué plus d’un. Et Belmadi a pu s’en apercevoir par la suite. « Dès que je suis à Paris (il vit surtout au Qatar), je ne paie plus rien ! Je prends un taxi avec la famille et il veut me faire visiter toute la ville pendant une journée ; au restau, c’est pareil. On a vu cet impact à Lille contre la Colombie (3-0, le 15 octobre 2019). C’était incroyable ! En quarante-huit heures, il n’y avait plus de places », compare-t-il.
L’ex-joueur de l’Olympique Marseille se réjouit de surfer sur le triomphe africain et l’accueil grandiose qui lui a été réservé à lui et ses poulains: « Au pays… Plus de sept millions de gens nous ont accueillis dans les rues d’Alger. Quand les joueurs racontent leurs souvenirs de la CAN, ils évoquent en majorité ça d’abord, pas les matches. C’était indescriptible. On ne voyait même plus les roues du car tellement les gens nous entouraient. Là, tu prends encore plus conscience du truc, car tu n’es plus dans ta bulle en Égypte, et tu te dis : «Heureusement qu’on a gagné» », décrit-il.

France – Algérie en amicale : why not ?
Cette rencontre dans le nord de la France contre les Colombiens s’était déroulée sans accrocs. On est loin de cet envahissement de terrain lors de France – Algérie disputé un certain 6 octobre 2001. Une opposition, n’étant pas allée à terme, que Belmadi avait disputée. Il a même mis un superbe coup franc à Fabien Barthez.
Ainsi, l’homme aux 20 capes avec la tunique Dz aimerait bien rejouer face aux « Bleus » pour efface ce qui « fut un traumatisme.» Le natif de Champigny-sur-Marne (Paros) admet que « Ce serait mentir de dire ça, car je n’ai pas aimé ce qui s’est passé…. En fait, au-delà du symbole, j’aimerais jouer contre les Français car ils sont champions du monde, dans cette envie de me frotter aux meilleurs pour progresser.»
En parlant des vainqueurs du dernier Mondial, il a aussi rebondi sur une éventuelle partcipation au prochain rendez-vous planétaire du football prévu en 2022 sur le sol qatari : « L’histoire est incroyable. Quand je vois la probabilité qu’un pays comme le Qatar organise une Coupe du monde et de pouvoir y aller en tant qu’entraîneur de l’Algérie… C’est du 0,1 %, non ? On va d’abord penser à se qualifier et ce ne sera pas aisé (cinq pays dans la zone Afrique). Mais si on a la chance d’y être, on n’ira pas avec cette idée de participer. Il faut croire en l’impossible. Avoir de l’ambition. Vivre une Coupe du monde dans le pays où je suis né comme entraîneur, j’y vois un signe du destin… » Superstitieux et ambitieux.

Zidane, ce génie
Avant de débarquer à la tête de la barre technique des « Guerriers du Sahara », Belmadi avait eu une expérience de coaching au Qatar avec Al-Duhail SC (anciennement appelé Lekhwiya SC). Et il se souvient très bien de son « apprentissage » : « La saison avant ma prise de fonction en Algérie a été la plus aboutie de l’histoire du pays (2017-2018 avec Al-Duhail). On a gagné tous les titres domestiques (le Championnat et les deux Coupes), tous nos matches de C1 (8 sur 8). On a fait 39 matches, 37 victoires et 2 nuls. On marchait sur l’eau. Ça m’a donné de la confiance et je me suis dit : «Je suis prêt pour l’Algérie.» Je ne serais pas venu avant. Après une victoire contre l’Algérie alors que je dirigeais le Qatar en 2015 (1-0), j’avais déclaré : «Le jour où je viendrai, ce ne sera pas pour être un entraîneur de plus mais pour gagner la CAN.» » Le reste de l’histoire, tout le monde la connaît. Dans son ascension, Belmadi n’a pas vraiment eu de modèle en particulier. Même s’il sait reconnaître les bons managers. « Je vais regarder (Pep) Guardiola, (Jürgen) Klopp, (Zinédine) Zidane », reconnaît-il avec une admiration particulière pour ce que le dernier nommé accompli. « On ne réalise pas, d’ailleurs, à quel point Zidane est un très grand entraîneur. Si Mourinho ou Guardiola gagnent trois C1, on crie au génie. Zidane, c’est une forme de génie, même s’il n’a pas révolutionné tactiquement le jeu. Mais on parle parfois de philosophie chez certains qui n’ont rien gagné », note-il en précisant qu’ « à un moment, on veut quoi ? On est jugés sur la victoire ou sur la super philosophie? Quand on bosse pour un club ou une équipe nationale, ce que les gens attendent, c’est que tu gagnes.»
C’est sur cette note, qui montre la mentalité de gagneur et de conquérant de Belmadi, qu’il faudra terminer. Le bilan depuis qu’il dirige Belaïli & cie tutoie la perfection. Une seule défaite seulement en 23 productions pour 16 victoires et 6 nuls et cette invincibilité qui dure depuis 18 rencontres maintenant. L’effet Belmadi ne souffre d’aucun doute. n