Reporters : Le FFS subit des critiques depuis qu’il a rencontré dimanche le président Tebboune à sa demande ? Pourquoi et comment accueillez-vous ces réactions ?
Hakim Belahcel : Tout d’abord, c’est important de rappeler que le FFS a pris la décision de répondre favorablement à l’invitation du chef de l’État pour lui exposer notre point de vue de la situation globale du pays. Évidemment, nous avions saisi cette opportunité pour interpeller le pouvoir actuel sur les risques majeurs qui guettent notre pays, si jamais le régime s’obstinait à exécuter sa feuille de route politique. Le FFS, qui a toujours défendu le principe du dialogue inclusif, responsable et transparent, n’a rien inventé en termes de mœurs ou de pratiques politiques pour essuyer une telle propagande incendiaire, notamment sur les réseaux sociaux. Ce serait une contradiction flagrante et compromettante que de passer son temps à plaider pour l’instauration d’un vrai dialogue dans le pays et qu’en parallèle, on refuse systématiquement l’idée même de pouvoir asséner nos vérités et nos idées, face aux décideurs sans intermédiaire et d’une manière publique et transparente. De toutes les manières, ceux qui ont déjà accusé notre président feu Hocine Ait Ahmed, et de son vivant, de compromission avec le régime totalitaire ne voudront certainement pas épargner la direction actuelle du FFS.

Mais quelle est l’opportunité politique sur laquelle s’est appuyé le parti pour répondre favorablement à l’invitation de Tebboune ?
Cette opportunité est puisée d’une revendication historique et chère au FFS, à savoir la recherche permanente et sans concession d’une issue pacifique et définitive à la crise multiforme qui ronge notre patrie depuis l’indépendance à nos jours. Pourtant, notre communiqué qui a été rendu public à l’issue de cette rencontre ne souffre d’aucune ambiguïté ! La délégation du FFS a signifié au chef de l’État que le maintien de cette impasse politique entraînerait l’effondrement de l’État.
Nous avons longuement insisté aussi sur l’urgence de prendre des mesures fortes et courageuses afin de ramener la sérénité et un climat favorable afin de parvenir à un compromis historique et global.

Comme la libération immédiate de tous les détenus politiques et d’opinion, l’ouverture des champs politique et médiatique, la levée de toutes les entraves faites à l’exercice politique, syndical et associatif et l’annulation de toutes les lois scélérates et impopulaires destinées à brader les richesses du pays. Puis, nous avons alerté notre interlocuteur sur les dangers de maintenir l’agenda politique et électoral décidé en haut lieu, car il subirait un autre échec aux conséquences dramatiques pour le pays.

Peut–on établir un lien entre votre audience avec Tebboune et l’offre politique du FFS portant sur la «convention nationale» ?
Le FFS est profondément jaloux de son autonomie de décision et d’action. Nous n’avons aucune leçon de patriotisme ou de cohérence politique à recevoir de quiconque, puisque à travers toute l’histoire du parti, et même du vivant de feu Hocine Ait Ahmed, on nous a tantôt traités d’alliés du pouvoir, puis d’associés des extrémistes islamistes et ensuite de boycotteurs chroniques, otages du ghetto kabyle… En réalité, et l’avenir proche le confirmera, nous avons à l’occasion de cette rencontre réaffirmé l’urgence de l’amorce d’une alternative démocratique à l’ordre établi.
La convention nationale que nous sommes en train de préparer activement au sein du FFS a l’espoir et l’envergure de jeter les bases consensuelles et convergentes d’une issue salutaire et effective telle que revendiquée par l’ensemble du peuple algérien.