Des centaines de personnes se sont rassemblées dimanche à Seddouk pour rendre hommage à Cheikh Belhaddad, figure de proue de l’insurrection contre le colonialisme en 1871, et évoquer la date du 8 avril coïncidant avec le début d’une large révolte populaire conduite à son initiative et qui, rapidement, s’est étendue dans une large partie du territoire, notamment au Centre et à l’Est.

Des conférences sur sa vie et son parcours, des tournois sportifs, une projection de films ont marqué ce regroupement auquel a assisté une forte délégation d’adeptes de la confrérie Rahmania venus de plusieurs wilayas et ponctués par une cérémonie de dépôt d’une gerbe de fleurs sur sa tombe et celui de ses enfants El Aziz et M’Hand, acteurs prépondérants de cette révolte, avec Cheikh El-Mokrani et Cheikh Boumezrag. En cette date souvenir, Cheikh Belhaddad devait mener solennellement au marché hebdomadaire de Seddouk la révolte contre l’occupant. Après une forte harangue devant des milliers de personnes, il appela à porter les armes et se ragaillardir de courage contre l’ennemi qu’il fallait impérativement bouter hors du pays. « Nous allons jeter l’ennemi à la mer comme je jette aujourd’hui ma canne à terre », s’est-il alors exclamé, en joignant le geste à la parole. Et, depuis, le soulèvement a pris forme et s’est renforcé, mobilisant dans son sillage des centaines de milliers de personnes. Cheikh Belhaddad, déjà arrivé à un âge avancé, plus de 80 ans, n’avait pas pris les armes, mais avait guidé la révolte en chef spirituel, étant le chef suprême de la confrérie Errahmania, imam et érudit en théologie, laissant la stratégie militaire à ses deux enfants (El Aziz et M’hand) et Cheikh El Mokrani qui, tous trois à la tête d’un contingent de 300 000 hommes représentant 250 tribus, ont mis à mal des mois durant les forces coloniales. En juillet 1871, il a été arrêté. Et en avril 1873, il a été condamné et emprisonné à la prison de Coudiat à Constantine pour cinq ans. Au bout de cinq jours, il rendit l’âme. Il avait alors 83 ans et sa révolte ne s’est jamais éteinte. Cycliquement, des mouvements de même nature, mais dans une proportion moindre, en prenant à chaque fois le relais jusqu’à Mai 1945 et le déclenchement de la guerre de libération en Novembre 1954, qui sonna le glas du colonialisme.