Les gestes de bonnes conduites et le respect des règles de lutte contre le Covid-19 foisonnent et se multiplient à Béjaïa, qui, après un certains laissez aller, prend à bras le corps la pandémie. Outre les mesures courantes d’hygiène, de couverture protectrice, de distanciation, observées, l’heure est à la mobilisation générale et à l’innovation pour ne pas faire de quartier à l’agent contaminant. «Ni panique, ni négligence», insiste avec une franche sérénité Hadj Rabah, commerçant dans le quartier populaire d’Ihaddedene, à l’ouest de la ville, affairé à installer sur le trottoir, à l’entrée de son magasin une citerne d’eau avec robinet, surmontée d’un flacon de savon liquide. «D’habitude, aux grandes chaleurs on offrait à boire aux passants. Aujourd’hui, on les invite à se laver les mains», dit-il stoïquement en répétant à qui veut l’entendre que «l’hygiène fait partie de la foi» (Ennadhafa mina el imène». Non loin de là, mais au quartier opposé (nord de la ville), à Sidi Ahmed, Ameur nourrit un autre projet solidaire de même nature qu’il voudrait voir essaimé partout. Son idée, est de placer des bassines d’eau courtes (pédiluves) à l’entrée des immeubles et permettre ainsi aux voisins de s’essuyer voire de rincer, avant de rentrer chez eux, les semelles de leurs chaussures. «Il faut noyer le virus avant de le faire entrer à la maison», dit-il amusé, comptant sur l’appui de l’association de son quartier pour mettre sa résolution en œuvre. En fait, les initiatives sont légions. Et toutes participent du même souci, celui d’inciter les gens à adopter machinalement les gestes essentiels et préventifs dont le lavage systématique des mains, l’éternuement dans le coude, l’évitement des poignées de mains, les câlins etc. Et rester en somme, «très à cheval sur les règles d’hygiène». Et le cas vaut aussi pour les différents moyens de protection, à l’instar du port du masque, des gants et de l’application du gel hydro-alcoolique, qui sont autant de barrières pour freiner ou réduire la propagation de ce virus. «Serrons nous les coudes pas les mains», lance en appel une immense affiche au carrefour de Sidi-Ahmed dont quelques murs sont recouverts de placards publicitaires et d’informations sur le coronavirus notamment les gestes à adopter et ceux à éviter, dont plusieurs préconisent tout bonnement l’auto-confinement. «Il faut rester chez soi autant que faire se peut».
«Je sauve des vies, je reste chez moi» y est-il souligné avec insistance. Et visiblement, cette campagne grand public a fait son effet. Ce jeudi, coïncidant avec l’entrée en vigueur d’un arrêté interdisant l’ouverture des cafés et autres restaurants et renforçant celui pris la veille, visant la fermeture des marchés de légumes et fruits, autant quotidien qu’hebdomadaire, a concouru à la réduction considérable des mouvements de rue. Les trottoirs y sont quasiment désertés et la circulation automobile réduite de façon drastiques. Les quelques passants croisés y sont masqués et gantés, s’échangeant les uns les autres des regards suspects et fantomatiques. Cette situation, à l’évidence, a laissé l’occasion au service d’hygiène de la municipalité de poursuivre leur action de nettoyage et de désinfection des lieux et places publiques à fortes fréquentations, entamée depuis le début de la semaine. Visiblement, les attitudes et les comportements ont changé du tout en l’espace de 48 heure, à priori précipité par la découverte d’un malade porteur du virus, l’unique dans la wilaya et qui n’a pas manqué d’insuffler une palpable inquiétude mais aussi de susciter une réaction de résilience évidente. n