Une cacophonie indescriptible a caractérisé les travaux de la dernière session extraordinaire de l’Assemblée populaire de la wilaya de Béjaïa, tenue dimanche dernier, en présence du nouveau wali, Mohamed Hattab, des parlementaires et de certains P/APC de la région.


Le seul point inscrit à l’ordre du jour de cette réunion, à savoir le débat sur la situation de la wilaya après les événements déplorables ayant émaillé la grève générale des commerçants de Béjaïa, n’a pas manqué de susciter un débat parfois houleux entre les 38 membres présents sur les 43 que compte l’Assemblée. Des interventions sur fond de tiraillements et chamailleries à la limite de l’indécence laisse penser à une campagne électorale anticipée. Le climat de tension qui a régné durant toute cette session extraordinaire a montré les limites de l’alliance scellée, il y a quelques mois, entre le FFS, le FLN et le RND. L’échange de propos très vifs et tranchants qu’ont eu le mouhafedh FLN de la Soummam (Akbou), Saâdi Djerroud, et le chef du groupe parlementaire du FFS, Chafaâ Bouaïche, a laissé pantois plus d’un. Les deux hommes politiques s’accusaient mutuellement de tous les maux sous les regards d’une assistance abasourdie. « Tu es un voleur et un corrompu notoirement connu. Arrête de dénigrer le FFS ! », tonnera le député du FFS contre l’élu du FLN, qui venait de qualifier le parti de Hocine Aït Ahmed de « calamité ».
Quelques minutes plus tôt, le président du bureau régional du RCD, Mouloud Deboub, s’en est pris violemment au P/APW, Ali Rabahi, qui n’aurait pas convié le chef de groupe d’élus du RCD à la réunion, tenue mercredi passé au siège de l’APW. M. Rabahi, visiblement acculé par l’élu du RCD, n’a rien trouvé de mieux pour justifier sa « gaffe » que d’affirmer n’avoir appelé que les représentants des partis siégeant dans l’exécutif de l’APW. Rabah Hadjal, porte-parole du RCD, prendra ensuite la parole pour faire lecture d’une déclaration politique à travers laquelle il soutiendra que « nous au RCD, nous disons que seul le respect de ce peuple par la restitution de sa souveraineté, peut être un salut pour notre cher pays. La lutte des clans pour le partage de la rente, les manœuvres occultes et les bras de fer entre les centres d’intérêts divergents, la démonstration de la force de nuisance pour convaincre de sa puissance, ou pour dissuader, ne peut éternellement durer. C’est par un processus transparent de restitution du pouvoir au peuple que le pays se développera. Le peuple n’est ni mineur pour rester sous tutelle, ni inapte à se prendre en main. La preuve est donnée de sa maturité et de sa responsabilité en état de crise ».
Les élus du FFS qui se sont réunis la veille, à la faveur d’un conseil fédéral extraordinaire, ont tenu à défendre bec et ongles les résolutions de leur parti. Ils considèrent que « la situation que vit la wilaya de Béjaïa résulte de divers facteurs, tous issus d’une gestion unilatérale et chaotique des affaires du pays ».
Les différents intervenants parmi les élus du plus vieux parti de l’opposition démocratique en Algérie, ont, par ailleurs, dénoncé « le recours de l’administration aux « sages » et autres « notables », sélectionnés sur une base totalement arbitraire et de critères connus du seul pouvoir », ainsi que « l’exclusion des élus, à l’occasion de réunions organisées lors des derniers événements ». À ce titre, l’élu Youcef Boukoucha (FFS) n’y va pas avec le dos de la cuillère pour accuser ouvertement le chef de daïra d’Amizour d’avoir fait appel à un individu condamné par la justice pour le faire passer pour un « notable » local, alors que le premier représentant de la population locale, qui est le P/APC d’Amizour, a été exclu des réunions tenues dans le sillage des événements ayant secoué la région.
Pour l’orateur, l’administration encourage la mafia locale à se substituer à la place de véritables représentants de la population qui ne sont autres que les élus.
À noter que lors de son intervention, le nouveau wali de Béjaïa a fait état de 142 policiers blessés, dont deux cas graves, lors des troubles ayant secoué, la semaine dernière, quelques centres urbains de la wilaya de Béjaïa. Sur sa lancée, le chef de l’exécutif de wilaya déplorera que d’« importants dégâts ont été également enregistrés, notamment au niveau du chef-lieu de wilaya ». Ce que le wali n’arrive pas à comprendre, dit-il, est que les émeutiers s’attaquent toujours aux mêmes édifices publics, tels les impôts, Sonelgaz, les sièges de sûreté de daïra, les tribunaux, la SNTA, BNP Paris-Bas…
Avant de conclure, M. Hattab a estimé que « Béjaïa, la coquette, ville d’art, de culture et de savoir, mérite une autre considération. Elle doit reprendre la place qui lui revient de droit. Car, tous ses ratios de développement sont aujourd’hui négatifs, comparativement à d’autres régions du pays ».
Selon lui, avec ses 563 070 jeunes, âgés de moins de 30 ans, Béjaïa recèle un important potentiel humain.