Le buste en bronze, réalisé à l’effigie du président portugais, Manuel Teixeira Gomes (1862/1941) et installé à même la «place Patrice Lumumba», en plein cœur de la ville de Bejaia, a été vandalisé dans la nuit du mercredi à jeudi, a-t-on constaté. Les auteurs de cet acte infâme l’ont déboulonné, décroché de son piédestal puis jeté à terre, heureusement sans lui causer de patents dégâts. Hormis quelques égratignures blanchâtres au visage. La statue a gardé toute sa splendeur. Jeudi matin, devant une foule ahurie, les ouvriers de la municipalité sont intervenus pour la nettoyer et la remettre en place avec les moyens de bord en attendant une intervention plus vigoureuse pour, notamment, la re-boulonner et lui éviter des mésaventures analogues. La statue a été inaugurée en mars 2006 en présence de l’ex président portugais, Jorge Sampaio, venu expressément lui rendre hommage. Teixeira Gomes, qui a quitté le pouvoir en 1925, après seulement deux ans d’exercice, s’était exilé à Bejaia, où il y est resté une dizaine d’année, jusqu’à sa mort en 1941, devenant notamment, au delà de son parcours politique atypique, l’un des auteurs les plus romanesques et les plus prolixes de son pays. Le personnage, au-delà de ses gouts littéraires et artistiques, avait marqué également les populations locales avec qui il partageait l’essentiel de sa vie, loin des salons chauds et cossus des représentants de l’administration coloniale Française. Retranché à l’hôtel «L’Etoile», donnant face la mer, il passait son temps à écrire, à se promener et à contempler depuis son balcon ou sur l’ex-place Gueydon (place du 1er novembre) la rade de Bejaia et le mouvement des bateaux, qui lui offrait des moments d’évasion unique. Les gens se souviennent encore de sa longue silhouette, son élégance, toujours vêtu de blanc et son amabilité. Aussi les auteurs de cet acte de saccage, a priori venus tout simplement voler la statue ont peiné plus d’un, l’information s’étant répandue comme une trainée de poudre. Selon certains témoignages sa mise à terre s’est accompagné d’un écho fracassant qui a réveillé tous les riverains. «J’ai entendu d’abord leurs voix. Et j’ai cru que c’était des jeunes qui jouaient au jeu de dames. Puis soudain il y a eu un éclat de bruit comparable à celui de la chute de plusieurs paraboles. J’ai compris alors qu’il se passait quelque chose de grave», rapporte un jeune ouvrier exerçant de nuit dans les commerces avoisinant, fortement dépité et choqué. Cet acte en fait n’est pas le premier du genre. Il y a quelques semaines, la place qui reste un des endroits les plus visité et recherché de la ville, a fait l’objet d’un vol aussi ahurissant. Une bande de voyous a ciblé les arbustes de décoration plantés autour de la placette, volant notamment, en les extirpant de leur pot jusqu’à la racine, des cycas du japon aussi rares que chers. <