Bravant la grande chaleur qui s’abat sur la région, des centaines d’étudiants, d’enseignants et de travailleurs (ATS) de l’université Abderrahmane Mira de Béjaïa ont battu le pavé, hier, pour le 19e mardi de mobilisation consécutif. En plus des slogans habituels réclamant notamment le «départ définitif du système» et «l’instauration d’un Etat de droit», les membres de la communauté universitaire de Béjaïa ont dénoncé haut et fort la vague de répression qui s’abat ces dernières semaines sur les animateurs du mouvement populaire né le 22 février 2019. «Libérer les détenus, libérez l’Algérie», «A bas la répression, vive la liberté d’expression», «pouvoir assassin», «Ulac smah ulac»… scandaient les marcheurs tout au long de leur itinéraire s’étalant du campus de Targa Ouzemour jusqu’au centre-ville de l’ancienne capitale des Hammadites. Bien que la mobilisation des grands jours n’était pas au rendez-vous, hier, en raison de la période des examens et de soutenances, la communauté universitaire de Béjaïa n’a pas renoncé à son engagement pour la poursuite du combat pacifique que mène le peuple algérien depuis plus de quatre mois. Si la majorité des manifestants a brandi le drapeau amazigh aux côtés de l’emblème national, certains d’entre eux ont arboré des portraits des militants et citoyens arrêtés à Alger pour port de l’étendard berbère, ainsi que des pancartes réclamant leur libération « immédiate et inconditionnelle ». Outre les photos des quatre manifestants originaires de la wilaya de Béjaïa qui sont mis sous mandat de dépôt pour avoir brandi à Alger le drapeau amazigh, le portrait du moudjahid et membre fondateur du FFS, Lakhdar Bouregaâ, a été exhibé par de nombreux marcheurs. La libération de ce dernier a été, à cette occasion, largement revendiquée par les marcheurs qui ont pointé du doigt « l’instrumentalisation de la justice à des fins politiques et de règlement de comptes ». Pour un jeune enseignant universitaire à la faculté de droit de Béjaïa, l’incarcération de l’un des symboles de la Révolution algérienne, Lakhdar Bouregaâ en l’occurrence, constitue une « provocation ». Qualifiant les dernières arrestations «d’arbitraires», l’orateur lancera à l’aide d’un mégaphone que « les tenants du pouvoir politique ne reculent devant rien pour diviser le peuple et étouffer le Hirak.». Avant d’ajouter que « nous sommes condamnés à nous unir et à rester mobilisés jusqu’à la chute définitive du régime ».
Les manifestants, qui ont eu à sillonner les principales artères de la ville de Béjaïa, ont observé des haltes au niveau du rond-point de Nacéria et à hauteur de la Liberté d’expression Saïd Mekbel, pour s’incliner devant la mémoire des martyrs du printemps noir de Kabylie et des victimes de la décennie noire. Après avoir observé une minute de silence sur ces lieux symboliques, la foule a repris sa marche sous des applaudissements nourris. « Djazaïr houra democratia » (Algérie libre et démocratique), ont-ils scandé devant le palais de justice, sis à la cité Tobbal, avant de se disperser dans le calme.T. B.