Les lieux de culte chrétien sont sous pression à Béjaïa. Et pour cause. Les autorités de wilaya ont diligenté une commission chargée d’inspecter, de vérifier et contrôler «la conformité» de ces endroits faisant office d’églises protestantes, notamment sur le plan «administratif» et de «sûreté interne».

C’est ce que nous avons appris auprès du président de l’Eglise protestante d’Algérie (EPA), M. Haddad, qui précise que cette commission est déjà à pied d’œuvre depuis deux semaines, à Béjaïa. Selon lui, certains lieux de culte de la communauté chrétienne ont déjà reçu la visite inopinée de cette commission, composée, entre autres, des éléments de services de sécurité (police ou gendarmerie), d’un fonctionnaire de la Drag, d’un cadre de la Direction des affaires religieuses et d’un élément de la Protection civile de Béjaïa. Notre interlocuteur cite, à titre d’exemple, les deux églises protestantes implantées au centre-ville de Béjaïa, et celles se trouvant à Akbou et Hellouane (Ouzellaguen), qui viennent de faire l’objet de cette visite d’inspection et de contrôle. «C’est la première fois qu’une telle commission de wilaya décide d’inspecter des lieux de culte chrétien. Et on ne sait pas encore quelles sont les raisons ou le but recherché à travers cette campagne, si ce n’est de l’intimidation, des pressions, voire de la provocation.», a-t-il regretté. Avant de préciser que «tous ces lieux de culte chrétien activent dans la légalité. Pour preuve, ils sont affiliés à l’Eglise protestante d’Algérie (EPA)». Par ailleurs, un membre de la Fédération des chrétiens de Béjaïa nous a fait savoir que «cette opération de contrôle et de vérification avait déjà touché d’autres wilayas, à l’image d’Ouargla et de Oran, où la communauté chrétienne est souvent persécutée». Notre interlocuteur tient à dénoncer cette «chasse aux chrétiens» qui intervient, selon lui, au moment où des islamistes intégristes (salafistes) activent impunément, dont certains d’entre eux s’adonnent à des actes de violence et de vandalisme à l’encontre des monuments historiques et des sites touristiques, faisant allusion à l’acte de sabotage subi dernièrement par la statue d’Aïn El Fouara, en plein centre-ville de Sétif. Enfin, il se dit «très étonné» de constater que «des lieux de culte de confession chrétienne activant dans la légalité se voient inspectés par des fonctionnaires de l’Etat, alors que cette communauté religieuse active depuis 1974 en Algérie».