Le président de la République a procédé à des changements au sein du gouvernement aussitôt après sa prestation de serment. C’est ainsi qu’il a désigné Sabri Boukadoum Premier ministre par intérim en remplacement de Noureddine Bedoui, qui a démissionné jeudi après-midi. Le président a chargé l’ensemble du gouvernement en place à poursuivre sa mission dans le cadre de la gestion des affaires courantes, à une exception près, il a mis fin aux fonctions du ministre de l’Intérieur, Salah Eddine Dahmoune, et a procédé à son remplacement par le ministre de l’Habitat, Kamel Beldjoud. Il est clair que le limogeage de Salah Eddine Dahmoune procède d’une sanction au regard du maintien de l’ensemble des autres membres du gouvernement. Cette sanction est en rapport, faut-il le rappeler, avec une sortie des plus spectaculaires et inédites de Salah Eddine Dahmoune qui a défrayé la chronique, le 3 décembre dernier au Conseil de la Nation, en tenant des propos insultants et stigmatisant à l’égard des manifestants du mouvement populaire. Le ministre de l’Intérieur avait, en effet, surpris en qualifiant en substance les opposants à la présidentielle de«traîtres», de «pseudos-algériens»,de «mercenaires», de «pervers» et d’«homosexuels» qui «véhiculent les idées restantes du colonialisme». C’est ainsi que devant les sénateurs, Dahmoune avait lancé, sans aucune honte : «Nous ferons barrage, aux côtés de ce peuple glorieux, au colonialisme brutal, ou à ce qu’il en reste. Malheureusement, aujourd’hui, ce colonialisme subsiste chez certains sous forme de pensée colonialiste. Cette pensée est utilisée par des Algériens, ou des pseudo-Algériens, des traîtres, homosexuels et mercenaires. Ils sont restés aux côtés de ces gens. Ils ne font pas partie de nous ni nous d’eux», a-t-il déclaré. Des propos qui ont été vite dénoncés par plusieurs personnalités politiques et de simples citoyens. L’on se rappelle de la dénonciation de la réaction de la présidente de l’Union pour le changement et le progrès (UCP), Zoubida Assoul, qui a même proposé un dépôt de plainte contre le désormais ex-ministre de l’Intérieur. De leur côté, plusieurs personnalités et membres du Hirak ont, quant à eux, réclamé son limogeage. Aussi et compte tenu du tollé provoqué par le ministre de l’Intérieur, qui avait tenté, de rectifier le tir en estimant qu’il y a eu «altération» de ses propos «par certaines parties qui ne veulent du bien ni à au pays, encore moins aux citoyens». «Je n’ai jamais évoqué les marches ni le Hirak, ni qualifié quiconque de quoi que ce soit. Je m’adressais intentionnellement aux relais de la France coloniale qui veulent faire appel au Parlement européen pour internationaliser la question», avait-il noté. Avant de soutenir qu’il s’agit «d’une minorité de pseudo-Algériens, de traîtres, de mercenaires et d’infiltrés que nous connaissons un par un, et d’agents de ceux qui guettent l’Algérie et son peuple et veulent intervenir dans ses affaires internes pour semer la fitna entre les enfants d’une même patrie et empêcher le pays de parachever la réalisation des acquis, d’arriver à bon port et de finaliser la mise en œuvre des principes de la Révolution contre le colonialisme, à la faveur du prochain rendez-vous électoral du 12 décembre courant, soutenu par le peuple algérien à travers ses marches quotidiennes et disposé à le tenir dans les délais fixés». Mais le mal était fait et les explications du ministre n’avaient rien arrangé. Mis à mal et marginalisé au sein du gouvernement depuis ses déclarations, Dahmoune se savait, nous dit-on, sur la sellette. Selon nos sources, la décision de Tebboune de procéder à son limogeage procède d’une mesure d’apaisement.